À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Balade champestre

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Allongé avec Écureuil sur sa natte de bambou dans son dortoir de l’église en bois, nous naviguons sur internet. Et oui, ici on dispose d’un accès wifi, une rareté dans cette partie du Vietnam, que nous avons aussi la chance d’avoir dans notre chambre de l’hôtel Thinh Vuong. Les conditions d’habitations dans la chambre d’Écureuil sont pourtant loin d’être comparables avec l’aménagement luxueux de notre hôtel (on a même un mini-bar avec des bières). Un sol en béton nu, une table ronde en béton massif au centre de la pièce sur laquelle on devine les restes d’une peinture turquoise, quelques tabourets cimentés au sol et 5 lits couverts de simples nattes tressées. Les gens d’ici se contentent de peu, mais ont quand même tous un compte facebook.

Je ne me rappel plus quel était le sujet initial de notre conversation, j’ai proposé à Écureuil d’aller faire un tour sur le blog de ma sœur. Que vois-je ? Ma sœur n’a non plus un, mais deux blogs en ligne et elle n’a rien dit à personne ! Sur la page principale une de ses illustrations scientifiques apparaît, une sarracenia, plante insectivore. A côté de moi Écureuil s’agite, elle reconnait la plante et m’affirme qu’il y en avait plusieurs pieds au dos de sa maison familiale quand elle était petite. Elle et ses sœurs s’amusaient à les cueillir et à les ramener chez elles pour que leur mère les prépare en cuisine avec du riz gluant. Un met exceptionnel, si l’on en croit Écureuil. Un met qui lui rappel son enfance. « Quoi, vous bouffez même les plantes carnivores ? ». Après quelques réflexions le contraire m’aurait paru plus étonnant…

Motivée par une nostalgie proustienne, Écureuil propose qu’on aille faire un tour dans les champs qui entourent le village de Klau Ro Ngol, là où elle est certaine d’en avoir vu. « Quoi, maintenant ? », « ben oui, pourquoi ? ». J’essaye de lui expliquer qu’aujourd’hui c’est lundi, jour où les gens normaux bossent, et que je culpabilise déjà un peu d’en avoir pas glandé une ce matin à cause de la cuite chez Gât la veille. Je jète un coup d’oeil pensif vers la petite pièce qui me sert d’atelier de l’autre côté de la cours. C’est pas comme si j’étais très efficace au sommet de ma forme non plus, me dis-je. Et puis Niounh, mon collègue virtuel (je le vois tellement rarement que je me demande parfois si je ne l’ai pas imaginé… non, impossible, j’ai des photos de lui sur mon rapport !) n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours. C’est peu probable qu’il débarque à l’atelier cet après midi sans prévenir (surtout si je l’ai effectivement imaginé…). C’est décidé, je saute sur le scooter derrière Écureuil et après avoir fais des « Hello ! » aux jeunes occupants ahuris de l’église (ça va faire bientôt 3 mois que je fais le trajet 4 fois par jours mais ils sont toujours aussi hystériques de me voir passer. C’est pas comme si j’allais chez le coiffeur tous les jours non plus, couillons ‘va !) on emprunte la rue Nguyen Hûe pour sortir de Kontum et prendre les routes champêtres et poussiéreuses qui sillonnent au pied des monts.

On dépose le scooter chez le grand frère d’Écureuil, une petite maison jaune que les plants de maniocs luxuriant masquent par leur hauteur, puis on parcours les petit chemins qui bordent les champs. Je m’étonne de l’aridité du sol et fais pars à Écureuil de mon inquiétude sur nos chances de trouver des plantes carnivores sur un terre aussi sèche, me rappelant que ce type de plante préfère les tourbières humides. Mes réflexions sont interrompues lorsque je ma jambe s’enfonce soudainement jusqu’au mollet dans un marécage qui a la couleur et la consistance d’un purin de buffle bien riche en azote. Je me rééquilibre de justesse pour éviter de m’étaler de tout mon long mais je ne peux m’empêcher de lâcher un cri de désespoir. « Raaaaaah bordel, mon pantalon ! ». Un pantalon tout propre, lavé à la force de mes bras dans la baignoire de l’hotel le jour précédent seulement ! Un peu plus loin devant moi, Écureuil fait des grand gestes de la main dans ma direction. J’extrais ma jambe de la vase dans un bruit de succion obscène et tente de me diriger tant bien que mal vers elle.

Les plantes carnivores sont bien là, et en grand nombre tout autour de nous ! Ce ne sont pas des sarracenias mais des nepenthes, plantes grimpantes qui parasitent des buissons d’autres espèces végétales. Incroyable, je n’en avais jamais vu dans leur habitat naturel, on trouve même quelques droseras au sol ! Écureuil cueille quelques urnes et ouvre l’opercule des plus jeunes pour en boire le suc, liquide fluide et transparent. « C’est bon pour le mal de ventre ! », m’explique-t-elle. Je goûte à mon tour… « Yark, yaaaaark ! Breuuuh ! »

Les ascidies, qui sont les pièges de la plante, renferment un peu de liquide sucré et acidulé sécrété par leurs parois, sur lequel surnagent quelques cadavres d’insectes (Wikipedia)

Ouais, alors là ‘[réf. nécessaires]’ s’il-vous-plaît ! Autant je peux confirmer pour l’histoire des insectes qui surnagent, autant la description qu’ils font du goût conviendrai plus aux frittes Haribo qu’à ce que j’ai bu ! C’était simplement amère et dégueulasse. Mais peut-être qu’avec un peu de citron, hmm…

Grappe d’urnes de nephentes dans les mains, nous poursuivons notre balade en coupant à travers les rizières en jachères. Nous préférons ôter nos tongs pour ne pas devoir les récupérer sous 20 cm de vase à chaque pas. Le temps est magnifique, comme toujours, et je me mets à rêvasser en regardant le paysage seulement occupé par quelques vaches en semi liberté. Écureuil m’avertit contre les serpents qui pourraient rôder dans les hautes herbes. Ok.

Un parcelle de terre laissée à l’abandon et recouvertes de fleurs jaunes nous accueille pour terminer notre balade. On s’allonge dans l’herbe et on se laisse caresser par les rayons du soleil de fin d’après midi. Je m’endors et perds toute notion de temps. A mon réveil le soleil est bas, il est temps de rentrer à l’église pour préparer les nepenthes selon la recette de sa mère. On pars donc de ce petit coin de paradis, elle chargée de sa cueillette fructueuse, moi avec mes nouveaux coups de soleil et mon cul trempé.

Nepenthes fourées à la J’raï

Une recette originale qui épatera et ravira vos convives pour les fêtes, weee !

Lavez les nephentes à grande eau pour les débarrasser de tous les trucs mort à l’intérieur. N’hésitez pas à les rincer plusieurs fois. Enfin c’est au goût de chacun mais pour moi ce sera plutôt deux fois qu’une. Certains cadavres d’insectes donc difficiles à extirper du fond de l’urne.

Rincez également le riz gluant à l’eau froide, égouttez-le, puis remplissez les nepenthes jusqu’au trois quart avec le riz. Scellez l’urne en nouant l’extrémité avec la tige. Appliquez-vous sinon c’est moche.

Faites cuire les nepenthes dans l’eau bouillante pendant un temps indéterminé. Servez-les et voilà !

Vous pouvez accompagner ce plat d’alcool de riz, de préférence trouble et plein de dépôts terreux, où d’un chardonnay tiède servi en shooters et relevé d’un soupçon de bière.

Written by Gweltou

16 décembre 2011 à 07:39

Publié dans Vietnam

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5 Réponses

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  1. Menam Menam ! Nedeleg laouen !

    mammig

    16 décembre 2011 at 07:48

  2. Haaa trop cool !!! Je vous ai inspiré une balade, ça me fait plaisir. Mais ça doit faire un moment parce que cette image de sarracenia n’est plus sur mon blog depuis un bail. Je vais la remettre tiens pour l’occase…
    Mais du coup pour la recette il faut enlever la plante après. Le nepenthes apporte vraiment un goût ?
    Je suis sûre qu’on eut faire des trucs dans le genre trop bon ici avec des algues. Ici aussi tout ce mange, c’est juste que les gens ont trop la flemme de cuisiner… On inventera plein de recettes quand tu sera rentré.
    Et voilà mon nouveau blog parce que t’es pas trop à la page.
    http://annaduvalguennoc.blogspot.com/

    Anna

    16 décembre 2011 at 23:00

  3. hey mon commentaire a disparu !

    Anna

    16 décembre 2011 at 23:02

  4. Bah merde alors…
    Je disais que j’étais contente de vous avoir inspiré une balade mais que ça devais faire un bail parce que ce dessin de sarracenia n’est plus sur mon blog depuis un moment. Je vais le remettre pour l’occase (cliquer sur mon prénom pour le lien).
    Je me demandais si la recette était bonne et si le nepenthes apportait vraiment du goût.
    Je suis sûre qu’on peut faire des trucs super bons ici avec les algues…
    Et puis t’as de la chance de prendre des coups de soleil parce que moi j’en ai marre de la grêle et du froid et des décorations de Noël moches…

    Anna

    16 décembre 2011 at 23:07

  5. Alors qu’à Brest nous sommes actuellement dans la grisaille et les tempêtes, cela fait du bien de recevoir des nouvelles champêtres et ensoleillées de l’autre bout du monde !
    Contente de te savoir en forme et en galante compagnie : elle est charmante celle que tu appelles « Ecureuil ». Et ses recettes m’inspirent beaucoup… J’aimerais goûter sa cuisine…
    Nous nous préparons à fêter Noël (pas la naissance de Jésus, mais le rallongement des jours). Que vas-tu faire à cette occasion ?
    Pok

    soazig guennoc

    20 décembre 2011 at 09:11


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