À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Rice Wine Chronicles, episode 1

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Écureuil (c’est le surnom qu’on lui donnait car ses cheveux un peu hirsutes ressemblent à la queue touffue d’un écureuil) à peur de dormir seule. Connaissant son caractère honnête, je ne pense pas que ça soit une ruse pour ramener quelqu’un dans son lit. Il y a seulement quelques années son village était cerné par une jungle épaisse et la nuit les fantômes des morts et les mauvais esprits rôdent encore. Sa mémoire reste marquée par la vision d’une main rampante noire, carbonisée, s’introduisant chez elle lorsqu’elle était enfant.

Le week-end Écureuil à l’habitude de rentrer chez ses parents dans son village, mais le reste de la semaine elle dort dans un dortoir de l’église en bois avec 3 ou 4 autres jeunes filles. Pour elle il n’y a rien d’austère dans cette vie. Ces dernières années elle se sent même « libre » car elle a longtemps vécu dans un couvent. Avant d’étudier l’anglais et de devenir guide touristique, Écureuil voulait être nonne.

Ce soir c’est samedi soir mais il y a peu de monde au café Luu Ly. Seulement 5 d’entre nous autour d’un pichet de rhum au sirop. C’est de loin ce qui a de plus buvable par ici, en dehors de la bière lorsque celle ci n’est pas tiède. Ça tape quand même bien sur le système, surtout lorsqu’on y est depuis 3 heures de l’après midi. Ça a commencé dans la grande maison de Ba Yuan, le garde forestier, sur la terrasse abritée au centre d’un petit lac artificiel. Il y avait même des glaçons pour rafraichir la bière ! Quelques plats posés sur une natte à même le sol. Viande, viande, viande et viande, c’est donc un jour de fête. J’aurais mieux fait de me renseigner. « Sa ! Et ! Sa ! Et ! ». Ça sonne comme un tambour de galérien et à chaque injonction on a pas d’autre choix que d’obéir et de boire ou manger. C’est Ba Yuan qui impose le rythme. On ne contrôle rien, impossible de maîtriser son débit, les verres sont toujours pleins.

La nuit tombe alors on se réfugie à l’intérieur. Le trajet est périlleux car on croise plusieurs groupes de personnes assises par terre buvant des shots d’alcool de riz. On se fait inviter à boire, évidemment. Je dis « non, vas te faire foutre » (de toute façon personne ne comprends) mais c’est une futilité, une main ivre et ferme m’impose de m’asseoir et de joindre la beuverie. Ils me parlent en Bahnar, je réponds en vietnamien que je ne parle pas le Bahnar. Ils me servent un verre, je leur dis que ce sera le seul et je le finis d’un trait. Je dois le repousser lorsqu’un dude du groupe m’enlace, essaye de m’embrasser sur la joue et manque de s’écrouler sur moi. J’ai serré les dents pour résister à une très forte envie de lui mettre un pain dans son groin. Il était 17h30.

A l’intérieur Ba Yuan nous sers du thé, mais le calme est de courte durée et le thé à un prix, cher… Ba Yuan décide de nous gâter en nous passant la vidéo du mariage de sa fille ainée avec un américain. Au début je pensais que c’était du karaoké vietnamien, j’aurais tellement préféré que ça le soit… Un coeur doré en image de synthèse tourne au milieu de l’écran, la photo du couple au centre, une musique vietnamienne ringarde (ceci est un pléonasme) en fond sonore « Tribidibidi, tình yêu, duyên duyên, tralalala ». Maintenant on voit la cérémonie à l’église, le mari américain tire une tronche d’enterrement. Sa femme se signe devant le curé, le mari est à l’ouest, sa femme lui envoi son coude dans les côtes, le mari esquisse vite fait un signe de croix qui ne ressemble à rien. Charmant. La suite de la cérémonie se déroule sous une grande tente aux rideaux jaune fluo. Sur une table à la nappe verte fluo, un gâteau de mariage (qui ressemble exactement à ce qu’on imagine d’un gâteau de mariage, pas de doutes, y’a plusieurs étages et les figurines des mariés au sommet et tout) attend d’être découpé. 500 personnes étaient invités, tous assis sur des petits tabourets en plastique bleu et buvant du champagne dans des minis pintes à bière en plastique. La foule est tellement dense qu’on les voit circuler entre les tables avec difficulté. Au fond de la salle un groupe de musiciens jouent un morceau mais la musique est totalement couverte par le bruit des convives. Devant la scène, deux jeunes clairement bourrés se tortillent comme des épileptiques et s’arrachent leurs t-shirts.

J’ai soudain très envie de vomir mais je ne suis pas convaincu que ça soit à cause de l’alcool, pas cette fois. Pitié, j’en peux plus, j’ai besoin de prendre l’air ! J’hésite à aller rejoindre les mecs bourrés dehors et écouter leurs conversations inintelligibles. J’annonce à notre petite assemblée « bon, il est tard, on se casse maintenant ». Je vais récupérer Josselin dehors, on me fait boire un verre d’alcool de riz au passage. Duong, X et Écureuil se lèvent à leur tour. On salue Ba Yuan en le remerciant pour son hospitalité et on monte sur les scooter. « Où est ce qu’on va ? » demande Josselin. Je réponds « à l’hotel, il est tard ». Josselin me dis qu’il à peine 19h. « Merde, t’es sérieux ? ». Je pensais qu’il était aux alentours de 23h. Duong et X proposent qu’on aille tous au Luu Ly, on finit toujours au Luu Ly… « Hmm, je sais pas ».

Nous voilà donc au Luu Ly, tous les 5 autour de notre pichet de rhum. Tout le monde à l’air crevé, on ne parle pas beaucoup. Écureuil annonce qu’elle doit retourner à l’église car la grille est fermée à 21h tous les soirs. Elle me demande si je veux l’accompagner. Ce soir c’est samedi soir et toutes ses voisines de chambre sont retournées chez elles pour le week-end. Elle va se retrouver seule dans sa chambre et elle a peur de dormir seule. « À l’église ? ». Je réfléchis un instant, ou du moins j’essaye mais il n’y a pas grand chose qui en résulte. Je lui propose qu’elle aille en premier, je reste encore un peu au Luu Ly. On arrive bientôt à la fin du pichet, il ne nous reste plus qu’un petit effort à fournir pour voir la fin de la soirée. Les derniers shots sont précipités. On boit à cul sec et on remplit le verre pour le passer rapidement à son voisin de droite. On vient à bout du dernier verre et on tient tous encore debout, un triomphe ! La serveuse nous amène alors un deuxième pichet de rhum sur un plateau. Je connais la coupable, je fusille X du regard. « Tu te fous de notre gueule ? D’ailleurs t’as que 17 ans, tu devrais être au pieux chez toi à l’heure qu’il est ! ». On recommence à s’engueuler… X ne peut pas (ou ne veux pas) rentrer chez elle. Je lui propose de l’aider à escalader la grille de l’église pour qu’elle aille dormir avec Écureuil.

Écureuil nous ouvre la porte de sa chambre et pointe dehors son visage fatigué. On la suit à l’intérieur en silence. Seuls des chiens rôdent encore dans les jardins de l’église à cette heure. « Bon les filles, bonne nuit, je vous laisse ». X se précipite devant la porte pour me barrer le passage. « Non, tu restes, tu dors avec Écureuil ce soir ! ». « Pas question ! ». Je soulève X et je la déplace de quelques pas. Elle se laisse tomber par terre comme un poids mort. « Reeeeeeste, tu dois dormir avec Écureuil ! ». Je la laisse par terre et profite de son immobilité temporaire pour m’éclipser par la porte. Je l’ai échappé belle, pour cette fois…

Written by Gweltou

30 octobre 2011 à 04:31

Publié dans Vietnam

8 Réponses

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  1. mont a ra Gweltaz ? pegen plijus lenn un tamm deus da vuhez pell eus ar vro……
    gwelloc’h eget levrioù ‘meus a wechoù etre va zaouarn…..peseurt levrioù lennes te pad ar veaj ? e peseurt yezh ? gwellet ‘meus Sorj Chalandon e stal « dialogues » an dervezh all…ur sapre denn (kazetenner a vijer e « canard enchainé » skrivan a ra novels), re hir vefe chom skrivan pezh mije c’hoant kontan dit met fromet bras on bet o selaou anezhan…

    by the way, joel is going to have his 4th novel printed….(the title is : « le destin d’Oponé » ) eric, mignon anna has drawed the cover and it will be also possible to read it on computers soon…or joel can send it to you, by mail (pdf) if you want…

    I’m happy to read you Gweltaz, and to write in english…I went to Paris few weeks ago andI was walking near « vancleef and arpels »and I had a though for you near place de l’opéra….

    take care Gweltaz, keep writing for us so far away from you….
    pokoù start
    Jeannine L

    lossec jeannine

    31 octobre 2011 at 08:33

    • Hi Jeannine ! I will do as you did and answer you in english. First of all thank you for your warm comment ! Reading it in english was pleasant and, well, unexpected. I never heard of Sorj Chalandon but be assured that i will google it as soon as i finish my reply to you ! Being drunk (or at least dizzy) almost every night i don’t have much time to read books, except on my morning breaks, when i usually have a bowl of hot pho (a local speciality) while reading a few pages on my electronic book. I’m reading Haruki Murakami’s novel « Kafka on the shore » at the moment. I just started it but i can already foresee that it will be nothing but stupendous and enjoyable, as expected. I love how this author uses his lively and realistic style of writing to describe such imaginary, yet so familiar, worlds. I’m sure you’ve already read his books, specially since it is mammig that gave me the first taste of this author with « Les amants du Spoutnik ». Loved it !
      I would be very happy to read Joel’s last novel. I know we have quite the same interests in literature. And I can think of anyone better suited that Eric to draw a cover. Can wait to have it my hands, a pdf would still be very apreciated though !
      I’ll see you as soon as i get back to france next april !
      Pokoù !
      I’ll

      alouestou

      6 novembre 2011 at 10:41

  2. J’aimerais bien savoir à quoi ils ressemblent X, Écureuil et les autres.

    clakos

    1 novembre 2011 at 08:53

    • Hmmm, j’hésite encore à montrer leurs trognes. Peut-être plus tard…🙂

      alouestou

      6 novembre 2011 at 10:44

  3. La suite, la suite!!!

    Mỹ Huệ

    2 novembre 2011 at 11:18

    • Bientôt !
      Par contre ce sera plus chiant et technique car je vous parlerai de mon boulot…

      alouestou

      2 novembre 2011 at 15:29

  4. Ca semble si familier comme soiree… J’ai l’impression que j’y etais ! Est ce qu’on peut parler de soiree dematerialisee tu crois ? Ca serait la future etape du virtuel ? On tient quelque chose !

    Owen

    6 novembre 2011 at 14:32


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