À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Chào buổi sáng Việt Nam

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Impossible de dormir la veille du départ de Kuala Lumpur, et puis de toute façon il est trop tard, je doit être debout et prêt dans 3 heures pour aller à l’aéroport pour charters d’où décollera mon avion de la compagnie low-cost Air Asia, le Ryan Air local. Alors je bouquine, je regarde des vidéos débiles sur mon ordinateur et je lutte avec acharnement contre l’armée de moustiques qui occupe ma chambre, pour passer le temps. J’ai réussi à perfectionner ma technique avec l’expérience : j’éteins toutes les lumières et je sors ma frontale pour les repérer dans l’obscurité. Elles attendent là sur le mur, aveuglées, incapables de voir que je m’approche d’elles sous ma cape d’ombre. Leur instinct ne les a pas préparé à se méfier des sources lumineuse en mouvement. Je me promets de m’arrêter après 10 victimes, sinon c’est sans fin. 10 nouvelles tâches sanguinolentes viennent s’ajouter aux centaines d’autres laissés sur les murs par tous les occupants temporaires de la chambre avant moi. On se croirait dans une scène de Dexter, c’est un vrai massacre. Le propriétaire de l’auberge de jeunesse a été prévoyant, il avait peint les murs en rouge-ocre mais vu leur état décrépît c’est à se demander s’ils ont jamais eu un aspect neufs. Des racines de lierre serpentent entre les poutres jaunies du plafond.

Mon réveil sonne en vain, je suis déjà totalement réveillé. Je laisse les clefs de ma chambre sur le comptoir d’accueil et je sors dans la nuit de Kuala Lumpur, baignée de l’orange morne du sodium de l’éclairage de ville. Il reste encore 2 heures avant l’aube et le métro aérien n’a toujours pas commencé son service, évidemment… je décide donc de continuer à pieds, après tout je connais grosso-modo la direction de KL Sentral et il me suffit de suivre depuis le sol la voie surélevée du métro aérien. Après avoir pris quelques virages et traversé des rues sombres et désertes, je me retrouve en plein sur la voie expresse. Les voitures sont encore peu nombreuses à circuler à cette heure ci. Mon sac à dos est recouvert d’un tissus hermétique d’un haut pouvoir réfléchissant alors je me convainc qu’il est peu probable que les conducteurs ne me voient pas. Les gens savent par expérience se méfier des lumières mobiles, en ça ils sont supérieurs aux moustiques. Je m’accroche à cette idée…

Un dernier obstacle m’attend lorsque  j’arrive à KL Sentral, trempé de sueur. Une navette se charge de faire le trajet toutes les demi-heures jusqu’à l’aéroport. Le prix est de 9 ringgits mais le chauffeur essaye de profiter de ma fatigue évidente (ou de ma tête de pigeon) avec un tour de passe passe ridiculement mauvais. Je m’exclame « Hey, you kept my 50 ringgit bill », il me rétorque par un « No, no, you didn’t give me 50 ringgit ». Je m’énerve un peu et hausse la voix « Yes, yes, I DID give you 50 ringgit ! ». Il n’insiste pas plus et me rend finalement mon billet de mauvaise grâce. J’espère que c’est la dernière avant le Vietnam…

2 heures d’avion à peine et j’arrive enfin au Vietnam. Je me souviens de la première fois que je suis sorti de l’aéroport de Tan Son Nhât avec Marie en 2004. La chaleur et l’humidité qui vous tombe sur les épaules comme une chape de plomb, le cercle de gens, familles au complet, qui attendent les nouveaux arrivés à la sortie et tous ces clichés qu’on avait dans la tête et qui sont ici bien réels lorsqu’on traverse la ville en taxi : le flot interminable et bruyant de scooters et de vélos, les vieilles dames en chapeau conique et aux épaules déformées sous le poids de leur palanche surchargée, les vendeurs ambulants poussant leur étals mobiles au milieu de la route, les lacs couverts de lotus fleuris… je me rappelle aussi du choc que j’avais ressenti en entendant les premières paroles qu’on m’adressait en vietnamien. J’étais incapable de comprendre le moindre mot, et ce malgré avoir étudié la langue pendant 1 année. Quelle gâchis, m’étais-je alors dis, avant de céder à une totale aphasie. Il m’a fallu un temps qui m’a semblé interminable pour trouver le courage de prononcer mon premier mot, « Hoa sen » en désignant la fleur de lotus du doigt. J’ai dû passer pour un parfait crétin…

La communication semble se faire avec plus de souplesse cette fois, et malgré son rire nerveux la guichetière du bureau de poste comprend ma requête et échange un de mes quatre billets incommodes de 500 000 Dongs par une somme équivalente en petites coupures. Merci l’inflation chronique, tu fais de moi un multimillionnaire !

Aujourd’hui un euro équivaut environ à 30 000 D, ce qui fait du Dong une monnaie ayant une des valeurs les plus faibles du monde (derrière le shilling somalien). En 1985 la banque nationale vietnamienne imprimait encore des billets de 5 Hào, soit un demi Dong… et c’était de mon vivant !

Plutôt que de prendre un taxi je préfère le xe ôm (littéralement « véhicule étreinte »), moyen de transport plus typique (et bon marché). Loin d’être aussi glamour qu’on pourrait se l’imaginer, il s’agit en fait de monter à l’arrière d’un scooter et de s’agripper au conducteur pendant qu’il slalome à une vitesse vertigineuse, et parfois à contre sens, dans la marée anarchique de véhicules à deux roues qui encombrent les rues. Cette fois je parcours des rues qui me sont familières, du moins c’est ce que je ressens ici après 6 mois à avancer toujours vers l’inconnu. Lors de ma visite de Phnom Penh j’avais été impressionné par les grands buildings flambants neufs qui y poussaient et l’atmosphère de modernité qui s’en dégageait et qui était en total décalage avec l’image que je m’étais imaginé de la capitale du Cambodge. La ville d’Ho Chi Minh que j’ai visité il y a 5 ans à peine pouvait-elle encore rivaliser avec cette capitale en pleine mutation ? Eh bien oui, l’ex-Saigon n’a pas chaumé pendant ces dernières années et s’est développée avec cette même frénésie qui caractérise les grandes villes asiatiques. Elle arbore désormais fièrement sa tour haute de 262 mètres, le Bitexco Financial Tower qui, à l’instar des Petronas Tower de Kuala Lumpur, est voué à devenir le symbole d’une ville qui vit avec son temps. Phạm Ngũ Lão, le quartier backpacker de la ville a aussi continué sa métamorphose. De l’autre côté du pâté de maisons qui poussent toujours plus haut pour pouvoir accéder à la lumière, la rue Bui Viên paraît moins sombre et glauque que dans mes souvenirs. Des bars pour occidentaux à la façade recouvert de néons vibrent au son des derniers tubes populaires, les mêmes qu’on peut entendre aux trois autres coins du monde. Depuis la terrasse des nombreux bars à hôtesses des filles pas vilaines sourient aux passants. Tous les 20 mètres un conducteur de « motobike » vous hèle bruyamment pour offrir ses services avant de baisser la voix pour proposer les produits d’un commerce alternatif, marijuana, cocaïne… le quartier n’est pas grand mais on peut s’y perdre facilement. Heureusement que le Vietnam est toujours présent, avec ses restaurant de rues ne proposant qu’une spécialité, ses tables et chaises lilliputiennes en plastique, ses « quán bia hơi » servant de la bière éventé et coupé à l’eau pour 20 cts d’€ le verre. On y croise beaucoup de vietnamien désirant parfaire leur anglais ou de voyageurs excentriques déballant leur théories loufoques sur l’avenir du monde et l’origine de l’espèce humaine (des extra-terrestres ont combiné leur génome avec celui des chimpanzés pour créer l’homme blanc et avec celui des gorilles pour créer l’homme noir… euuuh, okey mec !). Hey, j’aime cette ambiance !

Je trouve un hôtel qui me propose, pour 6 dollars, une chambre simple avec ventilateur, salle de bain privée et eau chaude, un luxe rare ! On me propose en plus une réduction de 5 dollars sur le prix de la chambre si j’accepte de participer à un cours d’anglais dans un institut de cours du soir. Deal !

« Good evening teacher ! ». Un défilé de gamins, âgés de 5 à 12 ans, passent devant moi comme une armée miniature, croisent les bras devant leur poitrine et se courbent en me saluant. On m’appel au tableau puis on me tend un microphone. « Hi ! My name is Gweltaz… », une mer de regards interloqués s’étale devant moi, « … and I’ll be your teacher for today’s class ». Toujours pas plus de réaction de la part de la classe, en dehors d’une grande attention dans ma direction. Qu’est ce qu’on attend de moi au juste ? J’ai pas franchement été briefé sur le déroulement du cours, ni sur quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Mais qu’est ce que je fous là ? Et comment je suis sensé rentrer à l’hôtel ? Est-ce que le temps continue à défiler là ? « Ok… so… does anyone have a good joke ? ». Au fond de la classe l’instituteur fais des gestes fébriles pour m’indiquer le tableau derrière moi. Ah oui, le tableau est couvert de gribouillis, une liste de mots à faire répéter aux élèves. « Repeat after me… a square ». La classe s’anime enfin et les élèves répètent le mot à plein poumont « A SQUAAAAAAARE », d’une force à fissurer le plâtre des murs. Après une demi-heure de hurlements disciplinés en pleine figure, j’ai la tête dans un étau. On m’amène à l’étage supérieur pour faire face aux élèves d’un niveau plus élevé et subir la suite de la torture par un interrogatoire poussé. « What’s your name ? ». « Where are you from ? ». « Do you have a girlfriend ? ». « Why ? »…

Written by Gweltou

18 octobre 2011 à 13:52

Publié dans Malaisie, Vietnam

12 Réponses

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  1. Merci Gweltaz, je sais que tes articles sont longs à écrire mais on a envie d’en lire beaucoup plus souvent !
    Bises, bonne fin de séjour à Kontum !

    Gaëlle

    18 octobre 2011 at 14:12

  2. c’est clair, c’est toujours aussi agréable à lire…surtout change pas de formule !
    j’étais un peu déçu de ne pas savoir plus de la suite du cours d’anglais🙂

    Kendalc’h e giz-se !

    JM

    18 octobre 2011 at 21:08

    • Trug JM !
      Que dire de plus sur le cours d’anglais… ben que leurs méthodes d’apprentissage était vraiment très mécanique (pour pas dire complètement démodée). Ils répétaient tous en coeur les mots que je leur disais au micro et dès que je sortais tu script ils étaient complètement paumés. Ils étaient à la limite de la panique quand j’ai décidé de lire les mots dans le désordre (histoire de varier un peu parce j’en avais plein de cul), et n’ont plus rien compris quand j’ai commencé à dessiner au tableau pour les faire deviner un mot. Je ne suis même pas sûr qu’ils comprenaient quoi que ce soit de ce qui était écrit au tableau…

      alouestou

      22 octobre 2011 at 03:31

  3. la carte de tes déplacements commence à être bien remplie!!! STP évite de d’aller marcher en pleine nuit sur les autoroutes, histoire de nous revenir entier…. merci!😀
    gros bisous!

    Didine

    18 octobre 2011 at 21:19

    • Te fais pas de soucis Didine, à partir de maintenant je ne me paye plus que des vieux chemins boueux et absolument impraticables en voiture. Y’a plus de danger…

      alouestou

      22 octobre 2011 at 04:12

  4. C’est bien vrai Gaëlle, on en veut pluuuus!!! Bises & bon Vietnam🙂

    Louizzz

    19 octobre 2011 at 08:00

  5. cool ! vive la nouvelle version du blog avec des posts toutes les semaines !
    En fait je pense que tu as oublié un « s » à rue qui me sont familière.
    Nous on va manger vietnamien aussi… acheté au marché de ploug à un gentil vietnamien… c’est moins classe que toi mais bon.
    T’as le bonjour du Rico.

    Anna

    20 octobre 2011 at 09:39

    • Tu veux dire AU SEUL vietnamien de Plouguerneau… Ouais ça bouffe est bonne. Pas très variée mais bonne.
      Wowoow, y’a « Denver le dernier dinosaure » qui passe à la télé ! Aller au Vietnam donne un peu l’impression de se retrouver dans une machine à voyager dans le temps. Ils ont 20 ans de retard sur les programmes télé (entre autres).

      alouestou

      20 octobre 2011 at 12:06

  6. Merci pour ces nouvelles : nous commencions à nous inquiéter de ce silence ! Ta description de SaÏgon (pardon : Ho Chi min ville) diffère de ce que nous avons connu voici presque 20 ans ! Le pays s’ouvrait à peine au tourisme et au commerce mondial à cette époque. Mais on pouvait déjà remarquer des chantiers de buildings qui laissaient entrevoir la suite ….
    Ton cours d’anglais aux petits vietnamiens a dû les marquer à vie… Quel récit irrésistible !
    Pok
    Soaz

    soazig guennoc

    20 octobre 2011 at 21:19

    • Ouaip, le Vietnam (et l’Asie plus généralement) est un coin en perpétuel changement, contrairement à notre vieux continent…
      Pokoù !

      alouestou

      22 octobre 2011 at 03:48

  7. Toujours aussi bien !

    clakos

    21 octobre 2011 at 12:12


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