À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Auberge de jeunesse

with 4 comments

Elate me partage son point de vue sur la situation politique dans son coin du monde. « Un tiers de nos impôts leur revient, on les fournit en eau et en électricité et ils continuent à nous cracher à la gueule et à vouloir nous voir crever ! Je ne pourrais pas être plus d’avis que la Palestine gagne son indépendance, tant que c’est d’autres que le Hamas qui soit au pouvoir… on ne voudrait pas que ça nous retombe sur la gueule ! Qui voudrait mourir au cours d’un attentat ? »

Il me parle avec passion des évènements qui se déroulent chez lui, un pays situé à une telle distance de notre position actuelle que si je voulais fixer des yeux Jérusalem à travers la croûte terrestre, il me faudrait baisser le regard d’un angle de 28° par rapport à l’horizon (et j’en profite pour me décerner le prix du calcul le plus inutile figurant dans un blog de voyage).

Mais si je fais l’effort de calculer c’est qu’une j’ai une bonne raison de porter mon attention de ce côté, depuis que ma mômmig est partie y risquer sa peau quotidiennement au bruit des balles et à l’odeur de la poudre pour enseigner la langue des droits de l’homme, et de la civilisation plus généralement, au futures générations palestiniennes (« Ok… ben ‘va falloir se renseigner encore un peu Gweltou… »). Une femme Barbara Gould qui n’a pas eu à vendre son image à une marque de shampoing (à l’heure actuelle mômmig est déjà rentrée en bretagne, ça montre à quel point je suis à jour sur mes posts…). Et comment oublier mon vieux pote Bertrand, parti à Jérusalem répandre son amour pour l’humanité, avec qui j’ai préparé le bac à Lesneven et avec qui on a falsifié des cartes de membre du club de ping-pong pour passer au premier service à la cantine, compétence qui m’est d’une grande utilité ici en Chine (je parle du ping-pong, pas de la fabrication de faux papiers, quoique des fois ça me démange…).

A écouter l’accent qui trouble son anglais j’ai du mal à imaginer qu’on puisse confondre les israéliens avec les français, malgré l’avis de beaucoup d’autres nationalités. Je le trouve plus rythmé et dur à l’oreille, il m’évoque plutôt l’accent allemand, voir celui du russe. « T’as souvent eu l’occasion de causer avec des russes Gweltou ? », « Non mais j’ai vu beaucoup de films d’Hollywood… »

On en a croisé un nombre étonnant, des israéliens, presque autant que de français, qui restent omniprésents et en masse jusqu’aux sentiers les moins battus. Ils profitent en grand nombre de la fin de leur service militaire pour voir le monde pendant plusieurs mois, avant de commencer leurs études supérieures. C’est avec un représentant de ces deux nationalités que j’irai m’aventurer ce soir, en quête d’un dîner, dans le labyrinthe des rues éclairées au néons de la ville. Ils connaissent le chemin, moi je serai l’interprète, celui qui garantit que l’on nous sert pas l’inverse de ce qu’on a commandé et qui devra tenir les négociations en cas de désaccord sur la note. Le repas n’est pas excellent, les pousses de bambou broyées mélangées au riz frit lui donne un goût bizarre, un goût qu’on décrirait comme « funny » en anglais, le « funny » qui ne fait pas franchement sourire et qu’on aimerait associer le moins souvent possible avec le contenu de son assiette… Le riz cuit dans un ananas évidé était une bonne découverte par contre. C’est le seul repas qu’on partagera, car à peine arrivés ils repartent vers Dali le soir même, à 400 kilomètres de là. Qu’est ce que je connais de Dali ? Pas grand chose, puisque nous nous sommes arrêtés à Lijiang, un peu plus au Nord, lorsque nous avons empruntés cette route. Je leur conseille de ne pas rater le vieux quartier de Lijiang, s’ils y passent, joliment pittoresque quoique un peu trop touristique. Mais qu’est ce qui ne l’est pas en Chine ?

Je regagne seul le dortoir, où je surprend au passage un couple d’australiens se roulant une dernière galoche sous la couette avant de se dire adieu et de prendre des routes différentes. La rapidité avec laquelle se forme ce genre de relations de vacances me mets complètement à côté de la plaque. A les voir ça paraît plus simple que d’établir en C une connexion tcp/ip par un socket. NEEEEEEEEEERD ! Ouais bon ça va, je me suis remis à bosser mes cours d’informatique et c’est la première image qui est venue à mon esprit lobotomisé !

Quant à moi ça fait déjà bientôt une semaine que je rôde dans les couloirs de l’auberge, autant dire que je fais parti des meubles maintenant. J’ai vu plusieurs fois mes voisins de chambre s’installer puis se faire remplacer par une nouvelle vague de voyageurs de passage. J’ai été témoin de nombreuses scènes d’adieu au détour d’un couloir ou même dans la salle de bain commune, personnes se souhaitant bonne chance pour la suite de leur parcours avec l’espoir de peut-être se croiser à nouveau dans une autre ville ou un autre pays. Assis à une table voisine sur la terrasse, je les entends parler de pays depuis lesquels ils arrivent ou vers lesquels ils se dirigent. Le Laos, ma prochaine destination, le Vietnam, qu’il me tarde de bientôt visiter pour la troisième fois… l’Asie du Sud-Est n’a jamais été aussi proche et à les écouter l’atmosphère me semble déjà plus moite. Seul le polonais qui occupe le lit du dessous semble résister comme moi à cette agitation générale, mais à le voir se coucher tous les soirs vers 22 heures et traîner au lit jusqu’à midi on pourrait croire qu’il est déprimé. En fait Lucjan est en convalescence. Après avoir repris quelques couleurs il me raconte son histoire : Lucjan n’est pas un simple touriste, lui fait partie de ceux qui ont choisis la Chine pour ses opportunités de faire du business. Ça fait déjà un moment qu’il est là et qu’il parcours régulièrement la distance entre Kunming et Chengdu, où réside sa petite amie chinoise. Ensemble ils veulent monter leur petite affaire internationale. Pendant qu’elle dessine des chaussures pour femmes, lui se charge de trouver la main d’œuvre pour les fabriquer, puis de louer des conteneurs sur un cargo pour expédier la marchandise jusqu’en Pologne, où elle sera vendu en boutique par un de ses cousins.

Installé à sa table, la tête plongé dans son manuel, il étudie le chinois. Des 3000 et quelques idéogrammes requis pour avoir une bonne compréhension de la langue écrite, il en maîtrise une soixantaine, y compris la façon de les tracer (l’ordre et le sens de chaque trait est important pour pouvoir être lu aisément par les autres). Je lui propose un restaurant que j’ai repéré non loin d’ici, où l’on peut goûter une spécialité locale : le fameux Gùo Qiáo Mĭxiàn (« Nouilles traversant le pont »), un bol d’eau bouillante recouvert d’une pellicule de graisse de volaille (pour préserver la chaleur du bouillon) accompagné de nombreux ingrédients crus à verser soi même dans l’eau, lard, poulet, légumes, salade, sauces et nouilles blanches. Ce soir c’est Lucjan qui tiendra le rôle de l’interprète.

De retour à l’auberge je traverse une dernière fois la salle commune en saluant de la tête quelques visage familiers, celui avec qui j’ai joué au ping pong, celle qui m’a parlé de son voyage au Vietnam, le groupe de volontaires de l’ONG américaine… il est temps que je rempaquette mes affaires car demain matin de bonne heure ce sera à mon tour de partir…

Written by Gweltou

14 juillet 2011 à 10:39

Publié dans Chine

4 Réponses

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  1. Dedennus kenañ! Me blij din lenn ac’hanout ha da zoare da skrivañ ivez!
    Un tamm « exotisme »evit ar re ‘zo chomet en europa!

    Ciao ciao, chans vat evit ar rest.

    Alan

    14 juillet 2011 at 11:24

    • Trugarez Alan !
      Ha penaos eo bro Italia ? Pegeit e chomez enno c’hoaz ? Kas keloù (met ket kelloù… digarez ac’hanon evit ar c’hondisionement eus ar skolaj). Kas un eil lizher !

      alouestou

      17 juillet 2011 at 02:24

  2. Toujours aussi intéressant ton journal de bord! Bonne route pour la suite de l’aventure!

    Madec

    19 juillet 2011 at 12:12

  3. Heureusement qu’on a des nouvelles de toi avec le blog de Owen et Gaelle…

    Anna

    15 août 2011 at 18:27


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