À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Pour en revenir aux crêpes

with 6 comments

Je commençait sérieusement à désespérer de la Chine, qui se rapproche dangereusement des préjugés que j’avais à propos d’elle et qui ne m’aura réservée aucune grosse surprise. Raz-le-bol de devoir se battre dans les files d’attentes à la chinoise, où tout le monde se précipite en avant comme des bœufs et celui qui pousse le plus fort est le premier servi. Fatigué du bruit incessant des klaxons, malheureusement nécessaires pour évoluer dans l’anarchie de la circulation routière. Écœuré de voir la majorité des chinois balancer sans la moindre gène leurs ordures par dessus leur épaule sur des sites naturels protégés (et sacrés), ou jeter leur cannettes de red bull par la fenêtre lors d’un voyage en bus. Dégoûté à les entendre se racler profondément et bruyamment la gorge (son qui ressemble à celui d’un homme à l’agonie) avant de cracher un glaviot digne du livre des records, à quelques centimètres de vos pieds. Blasé d’entendre « laowai laowai laowai ! » (« étranger ») à répétition et d’être le centre de l’attention générale dès que je mets un pied hors de l’auberge. Aux laowai-eurs je réserve mon regard pétrifiant, celui qui vous glace le sang et remue vos entrailles et que mes anciens collègues connaissent bien.

– Tu m’as fait quoi là, Gweltou ? T’es emmaillements c’est de la merde !

– Ah ouais ! Et là, si je te regarde comme ça, c’est toujours de la merde mes emmaillements ? *regard de tueur*

– Oui. A quoi tu joues ?

– Ah… t’es sûr ? Et t’as même pas un peu froid dans le dos ou envie d’aller aux toilettes par hasard ?

– Non.

– Ok… tu veux un café sinon ?

Pour vous donner une idée de ce qu’on peut ressentir à marcher en plein jour en Chine, imaginez vous vous balader entièrement nu dans les rues de votre ville. Au début c’est sympa, on a l’impression d’être le roi du monde et on est flatté que tous les regards se portent sur vous (oulà, pas sûr que la comparaison soit appropriée là…) mais ça devient rapidement irritant de sentir les gens vous pointer du doigts, parler de vous dans votre dos, et de subir les rires nerveux de la demoiselle en face lorsqu’on passe à la caisse ou que l’on demande son chemin. On finit par avoir envie de sortir avec un sac en papier sur la tête pour passer incognito…

Ils faut gratter un peu sous la surface, ou peut être carrément creuser une carrière ouverte, pour apprécier la Chine pour ce qu’elle est vraiment, et c’est un effort d’exploration qui demande, à mon avis, de rester pendant un période prolongée dans un même endroit. C’est l’occasion qui m’a été offerte lors de ma pause d’un semaine à Kunming, dans le Yunnan, d’où je prendrai l’avion pour Laos. Kunming n’est pas la pire des ville pour se poser, bien que d’un point de vue touristique elle ne vaille pas grand chose (mais c’est pas ça qui m’intéresse, j’insiste là dessus) elle est tout a fait vivable, et même agréable. Pour prouver ma bonne volonté je suis prêt à oublier l’incident de la nuit dernière, la bagarre de rue qui a éclatée vers 4 heures du matin sous notre fenêtre, avec bruits de bris de verre et de femme qui hurle à la mort (on dort avec la fenêtre grande ouverte pour éviter de suffoquer par la chaleur nocturne, et tant pis pour les moustiques, j’ai pas l’air de les intéresser de toute façon). Et le Lonely Planet qui affirmait que Kunming est une des villes les plus sûres de la Chine… mais vous seriez étonné du nombre de dispute de rue dont on a été témoin. Bref, l’important c’est qu’en flânant dans le quartier commercial et en déambulant entre les étages des galeries marchandes à ciel ouvert j’ai finalement trouvé mon petit coin de paradis. « La Crêpes Angel », c’est son nom ! Alors oui, c’est des crêpes, mais il n’en faut pas forcément plus pour remettre un breton sur le droit chemin lorsqu’il commence à partir « a-dreuz » et à traiter tout le monde de cons. Et puis là c’était une expérience en soi, peut-être de par l’improbabilité de manger un produit régional si loin de chez soi, ou simplement à cause de l’état de manque en phase terminale dans lequel je me trouvais, car cette crèpe était une des meilleures que j’ai eu l’occasion de goûter ! (18 Yuan c’est pas donné, c’est l’équivalent de deux plateaux repas à la cantine de la mosquée de Kunming, mais le plaisir en valait largement le prix).

Ils ont une façon particulière de les présenter : ils plient la crêpe en deux pour former un demi cercle, qu’ils saupoudrent de sucre glace avant de la mettre dans un cône en papier pour la remplir d’ingrédients qu’un simple mortel ne pourrait savourer sans prendre le risque de perdre la tête. La mienne était fourrée de glace à la vanille, d’amandes effilées, de cream cheese et de brisures de biscuits Oreo. GOODNESS, hen hao chi ! Tai hao chi le ! « Delicious & Health [sic] » nous informe le slogan sur la pancarte et c’est pas moi qui irai les contredire (même si j’émets un léger doute sur le côté healthy du truc…).

Ça m’attriste de constater que la quasi totalité des crêperies bretonnes (à l’exception de quelques irréductibles dissidents qui ont le courage d’utiliser des ingrédients peu orthodoxes, « exotiques » disons-le franchement, au risque de voir leur vitrine taggée de « er maez ! » ou de « pas de ça chez nous » par les partisans de Breizh Atao) servent les mêmes recettes de crêpes sucrées : chocolat, citron, crème de marron, beurre sucre, *yawn* rien que de les énumérer j’ai envie de dormir… Un peu d’imagination que diantre ! Une crêpe devrait être comme une toile vierge servant à exprimer les idées culinaires les plus délirantes et débridées ! Libérons-nous de notre carcan traditionaliste qui, en Bretagne, nous refrène de commander une crêpe au Nutella (blasphème !) sous peine de se faire réprimander par un regard de travers du mec derrière sa billig (heureusement notre caramel au beurre salé nous sauve). N’ayons pas peur de l’influence de l’étranger et de s’inspirer de leurs idées, si elles sont bonnes, car toute chose (je parle de cuisine mais ça inclue aussi la culture ou la langue…) qui aspire à survivre doit constamment évoluer pour s’adapter à cette univers qui n’a rien de statique. Ca, les chinois l’ont bien compris… enfin, ceux de « La Crêpe Angel » au moins. Récidivons, puisque c’est eux qui ont commencé. Voyons les choses en grand, faisons les en mieux (et par là j’entends double ration de sucre et de beurre salé, « let’s get this party started ! ») et enfin réapproprions-nous le monopole de la crêpe, puisque nous habitons son berceau ! J’ai déjà trouvé un nom pour ma futur crêperie : « Dream Crêpe Harmony ».

Note: « La Crêpe Angel » proposait aussi des crêpes salées qui avaient l’air sympa, comme la crêpe au poulet teriyaki, mais j’ai toujours un peu de mal avec le concept de « crêpes salées » (pour moi la galette de blé noir reste le standard de facto pour ça). Ah, on dirait bien que j’ai mon côté conformiste malgré tout…
(Je ne suis en aucun cas sponsorisé par cette enseigne)


Written by Gweltou

28 juin 2011 à 14:11

Publié dans Chine

6 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. C’est vrai qu’elle a l’air dingue cette crèpe! Par contre, sans vouloir (re)lancer de débat je ne comprends toujours pas pourquoi certains appellent des crèpes des galettes et inversement proportionnel… il faudrait mettre au point un guide breton de la crèpe (que tu pourrais vendre au Dream Crêpe Harmony) parce que moi, ça me retourne le cerveau ces histoires là.

    Louise

    28 juin 2011 at 16:19

    • C’est très simple une crêpe est faite de farine de blé blanche, celle qu’on utilise communément en pâtisserie, et la galette est préparée à base de farine de blé noir, aussi appelée farine de sarrasin, celle que pas grand monde utilise. En fait en dehors des galettes et du kig-ha-farz je me demande bien à quoi elle peut servir…
      Corrigez-moi si je dis des conneries.

      alouestou

      29 juin 2011 at 07:35

      • Tu dis des conneries!
        Krampouezh sukret/gwinnizh gwenn ha krampouezh sal/gwinnizh du; c’est comme ça qu’on dit en breton!!

        Owen

        30 juin 2011 at 02:30

  2. Avec ceux sur l’arnaque au thé et le démembrement rituel ça fait le troisième article que je lis. Je les ai tous trouvés intéressants, amusants et bien écrits. Je vais donc en lire plein d’autres : logique…
    En tout cas merci et Kenavo

    clakos

    2 juillet 2011 at 08:18

    • Merci Joel !
      C’est du boulot de mettre à jour ce blog et j’ai souvent la flemme de le faire mais les commentaires comme le tien me redonnent du dose de courage. Bonjour à ta famille et reviens de temps en temps me lire !

      alouestou

      13 juillet 2011 at 03:32

  3. Bonjour,

    Suite à la délation continue de nos informateurs au sujet de votre post irrévérencieux, nous, la Fédération Inter-bretagnes du Soutien à la Tradition Immuable de Nos Galettes, tenons à vous informer humblement que vos idées farfelues et pseudo avant-gardistes concernant ce que vous avez l’outrecuidance d’appeler « crêpe » ne sont pas passées inaperçues. Nous lançons actuellement toutes les démarches légales possibles pour faire disparaître ce gâchis de byte qu’est votre blog de mécréant.

    Amicalement,

    B Hick.

    PS: Je vous souhaite de tout mon coeur de ne pas périr noyé dans du caramel avant votre injonction au tribunal, un accident est si vite arrivé…………………………………

    . . . . . . .

    (…)

    Dr. Bill Hick
    Responsable des relations publiques Web
    FISTING©
    Bilig@beurre.cwepe

    Bill Hick

    8 juillet 2011 at 15:29


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :