À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Quelques mots valent mieux qu’une image

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Suivant les indications de notre guide, nous nous asseyons sur un sol aride, parsemé d’une herbe maigre et rase qui ne suffit pas à dissimuler de nombreux éclats d’os éparpillés autour de nous. Nous nous trouvons à une distance respectable et, on l’espère, respectueuse du lama tibétain vêtu d’étoffes rouges et jaunes. Un peu plus haut sur la colline sacrée et entouré de quatre personnes assises en tailleur, celui ci entame une série de litanies monotones, seul son à briser le silence environnant. Une poignée de cheveux lâchée au hasard de la brise lui a indiqué l’endroit où devait se dérouler la cérémonie de la matinée et, suivant sa décision, deux des hommes enfoncent un pieux en bois à grand coups de masse pour marquer l’emplacement. Le lama se mets à aiguiser patiemment un long couteau pendant que les hommes sortent un lourd fardeau enveloppé de draps de la fourgonnette en contrebas. Nous nous rendons alors compte que le sol et jonché d’autres couteaux rouillés de la même forme, laissés à l’abandon çà et là d’une manière éparse. Notre guide nous explique, « chaque couteau ne sert que pour une seule cérémonie, puis on le laisse sur place car il appartient désormais au défunt ». Après l’avoir péniblement trainé jusqu’au pieu, un des hommes ouvre le paquet de tissus qui dévoile un cadavre. C’est le signal qu’attentaient le groupe de vautours, qui observaient passivement la scène depuis la cime de la colline. Une centaine de ces volatiles s’élancent alors dans les airs et forment une nuée sinistre planant doucement et sans bruit au dessus de nous, obscurcissant le ciel par leur nombre et par l’envergure de plus de 2 mètres de leur ailes.

De quelques coups de couteau lestes, le lama libère le mort de ses vêtement, le laissant gisant totalement nu sur le sol, les membres écartés, pâles et flasques. Le lama soutient un des bras du défunt d’un main, puis enfonce son couteau dans la chaire sans vie. Il y ouvre de profonde entailles d’où très peu de sang s’écoule, avant de s’attaquer de la même façon à l’autre bras, puis au torse et aux deux jambes. Pendant que l’équarrisseur effectue sa besogne d’une main d’expert, les quatre hommes à ses côtés veillent à éloigner les vautours qui s’approchent progressivement et forment bientôt un cercle serré autour de la scène de boucherie. Notre guide, toujours volontaire pour nous éclairer, nous explique que ces hommes sont des proches, souvent des amis, du défunt. Il est rare que la famille y assiste… Après avoir lacéré le corps une dernière fois au niveau de l’abdomen, laissent échapper les entrailles par l’ouverture béante, le lama se retire religieusement et laisse les oiseaux affamés continuer la besogne.

Ok, ça y est, j’ai niqué le moral de tout le monde et le mien en premier, bravo Gweltou ! Donc en gros ce que j’ai essayé de décrire d’une manière lugubre pour le simple plaisir de vous couper l’appétit, est ce qu’on appelle le « sky burial ». C’est un rite funéraire tibétain qui est toujours pratiqué à Litang, bien que cette ville élevée à plus de 4000 mètres d’altitude fasse maintenant partie de la province du Sichuan. Nous ne nous rapprocheront pas plus du Tibet car c’est en ce moment le 60ème anniversaire de l’occupation chinoise et le bruit court qu’il risque d’y avoir des étincelles. Les autorités chinoise, prudentes, ont donc préféré fermer les frontières aux touristes afin d’éviter que ceux-ci soient témoins de rixes sanglantes ou qu’ils soient, au contraire, les catalyseurs de soulèvements de population (ah ces occidentaux et leurs idées virales de « liberté » !).

Les vautours ayant arrachés à coups de becs et de serres et dévorés les parties molles du corps, le Lama leur facilite encore le boulot en démembrant le cadavre à l’aide de sa hache rituelle. On a vu une tête, séparée du corps, rouler jusqu’en bas de la colline et chassée par cinq vautours furieux se griffant et criant pour avoir l’honneur de becqueter la partie la plus noble, sympa. Les quatre hommes mettent en fuite une dernière fois les charognards et réunissent les restes du mort (ce qui exige parfois de marcher assez loin) pour les présenter au lama. Les os sont ensuite écrasés et broyés au marteau en une poudre fine mélangé à de la farine d’orge, qu’on nomme tsampa, et qui fera un excellent dessert pour les vautours, nous explique notre imperturbable guide. On pourrait plutôt parler d’entremet car une nouvelle fourgonnette arrive déjà sur les lieux…

Written by Gweltou

25 juin 2011 à 13:57

Publié dans Chine

7 Réponses

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  1. yeurk,t’as vraiment vécu ça?pourtant il m’en faut beaucoup mais là ….

    Angélique

    26 juin 2011 at 13:50

    • Oui mais on était à une bonne distance donc ça ne nous a pas giclé dessus. Si je suis pas endurci après ce voyage je demande à ce qu’on me rembourse mes billets !

      alouestou

      27 juin 2011 at 03:07

  2. Bravo pour ce reportage fort réaliste ! Et à la réflexion, je préfèrerais que mon corps serve à nourrir ces beaux oiseaux que les vers…
    Pok

    soazig guennoc

    26 juin 2011 at 14:47

    • Et ça garantit un accès rapide et incontestable au ciel. Pour le paradis je ne sais pas, c’est pas sûr que les vautours volent assez haut…

      alouestou

      27 juin 2011 at 03:14

  3. à la réflexion, je crois que je préfère l’épisode des pandas de Chengdu… pas de ça en Thaïlande, hein😉

    Louise

    27 juin 2011 at 17:12

    • Non, pas de ça en Thailande, mais si tu veux du gore il y a toujours le festival végétarien de Phuket, où les participants défilent avec des barres en fer, des candélabres, (et parfois des machins plus bizarres, si c’est possible, comme des vélos) qui leur traverse la joue de part en part…

      alouestou

      28 juin 2011 at 04:49

  4. Dis-donc, a cote, les cremations c’est du pipi de chat ! En tous cas, j’ai pris plaisir a visiter ton blog, c’est bien ecrit et y’a de chouettes photos. J’y reviendrai !!
    Bonne continuation dans ton voyage.


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