À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

10mn de marche vers Seollung

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Étrange rêve la nuit dernière. Après avoir sauvé d’une chute certaine un bébé qui grimpait sur une échelle, libéré de sa prison un démon géant en pâte à modeler (que je devrais appeler « plastiline », car nous n’avons pas les mêmes valeurs), ressoudé les liens familiaux qui tombaient en lambeaux et stoppé une guerre de religion en jetant une poignée de pâte à modeler (mais c’est une obsession !) sur un drapeau, je me sens envahir par un sentiment d’accomplissement proche de l’ataraxie. Si ça avait été un film, ça aurait été le moment du fade to black précédant le générique de fin, accompagné de l’applaudissement enthousiaste du public en délire. Puis la musique et l’image s’estompent et dans un éblouissement de lumière le charme se rompt. Alors il ne reste qu’à chasser les dernière miettes de popcorn de son jean, prendre son manteau et suivre la file vers la sortie. Dans un rêve il n’y a pas d’écran, de spectateurs ou de popcorn (mais si vous rêvez de popcorn c’est ok quand même) et l’histoire se conclue rarement par un dénouement narratif logique (ou disons prévisible). L’esprit est capable de beaucoup d’inventivité pour préserver aussi longtemps que nécessaire le sommeil du rêveur (tant qu’on est pas trop regardant sur les lois de la physique et le bon sens). Le sol se dérobe sous vos pieds, vous vous retrouvez face à une porte ou dans un couloir qui n’était pas là au dernier coup d’œil ou vous tombez nez à nez sur un super bon pote, le genre de personnage qui vous paraît très familier sur le moment mais que vous êtes incapable d’identifier au réveil… « mais c’était qui ce mec au fait ? » Peu importe leur forme, les évènements s’enchaînent sans interruption et le rêve continue… à l’exception de la nuit dernière.

J’ai été au bout de mon rêve, comme dirait ce bon vieux Jean-Jacques Goldman, mais au sens littéral. Avouez-le, lorsqu’on arrête une guerre de religion avec la seule aide d’une boulette de pâte à modeler (de couleur blanche, ça peut avoir son importance), que peut-on rêver de plus ? Alors je suis resté là, au milieu d’une plaine entouré de badauds, à attendre un geste créatif de mon esprit à défaut de l’équivalent onirique d’un générique de fin, tout en ayant conscience qu’il n’apparaîtra jamais. Mon univers imaginaire se fige pendant une fraction de seconde, suffisamment longtemps pour qu’un éclair de lucidité se faufile jusqu’à moi comme une faille fracturant l’espace et tout s’effondre, l’esprit emprunte la seule issue possible. Je plonge dans l’obscurité et me retrouve sur un matelas gonflable, dans l’exiguïté étouffante de mon sac de couchage dont le fumet qui s’en dégage me rappelle qu’il serait temps de le passer à la machine. Les yeux grand ouverts, je reste écouter le doux chant des grillons dans la nuit tiède le ronflement continu de Thomas depuis un coin de la pièce… ouais mec, tu ronfles ! Mais ça va, c’est tout à fait supportable… (ahem, j’ai pas envie de me retrouver dehors avec toutes mes affaires et devoir encore passer une nuit à poil au jimjil-bang…)

Quoi, vous n’en avez rien à faire de mes rêves ? Vous préférez entendre parler de Séoul et des innombrables curiosités coréennes ? Très bien, dans ce cas fermez les yeux et laissez vous transporter, comme par enchantement, dans le quartier de Seollung où Thomas m’héberge actuellement. Ok, c’était peut-être pas une si bonne idée… rouvrez les yeux sinon vous n’irez pas loin. Séoul est une capitale démesurée, selon le standard français, et en exagérant à peine on pourrait dire qu’ici le réseau de métro correspondrait à notre bon vieux RER en étendue. La comparaison s’arrête là car en propreté et en fonctionnalité le métro de Séoul surpasse largement celui de Paris. Le système de sécurité y est par contre beaucoup moins impressionnant, tout simplement car frauder en plein jour et à la vue de tous n’est pas coréen. Si vous décidez malgré tout de faire le rebelle un portillon automatique bas viendra vous bloquer le passage en visant précisément vos parties sensibles, alors soyez rapides si vous ne voulez pas écourter votre arbre généalogique.

L’entrée de la station de métro de Seollung est à une bonne dizaine de minutes de marche de l’appartement de Thomas. C’est une balade agréable qui donne un premier aperçu du mode de vie et des préoccupation des habitants de Séoul. Le premier sens qui se met en éveil lorsqu’on se promène dehors (et c’est commun aux trois pays asiatique que j’ai eu l’occasion de visiter) est l’odorat. Dans les ruelles que je traverse pour me rendre au métro, environ une enseigne sur trois est un restaurant (dont certains restent ouvert 24h/24) ou propose de la nourriture à emporter, et à chaque intersection un nouveau parfum me titille les trous de nez : fruits frais vendus sur le trottoir, viande grillée d’un galbi (BBQ coréen), algues séchées servant à la préparation des kimbap (sorte de gros maki qu’on coupe en tranche et qui serait d’ailleurs à l’origine de la recette japonaise, SCOOP !), relents d’ordures fermentant au fond d’une poubelle… (Erk, J’ai du prendre un mauvais chemin…). Une autre particularité du coin : c’est étonnant le nombre de magasins d’animaux qu’on croise sur la route (j’en ai compté 4 ou 5 dans le quartier, et autant de cliniques vétérinaires). Les coréen(e)s ont l’air accros aux petits animaux, en particulier les caniches, le genre qui porte un pitit gilet, des pitites chaussures aux pieds (bien qu’il se déplace le plus souvent en sac à dos), qui vous nargue avec ses aboiements suraigus dès qu’on s’en approche et qui donne une furieuse envie de le balancer du haut de la Séoul Tower. J’ai aussi vu des trucs plus intéressants à adopter, comme des petits crabes de terrarium et des bernards-l’hermite terrestres vendus avec un set de coquilles peintes ou à décorer soi-même, fun ! Ca donnerait presque envie de lancer une mode à Plouguerneau… mouais, pas vraiment en fait.

Mais la vie des jeunes coréens n’est pas seulement « fun and games ». Alors que les bretons se retrouvent au pub après les cours, l’écrasante majorité des écoliers coréens sortent de l’école pour aller directement dans un hagwon, établissement qui dispense des cours de soutiens en maths, coréen, anglais… et où les étudiants peuvent rester travailler jusqu’à tard dans la nuit. C’est dans un de ces établissement que Thomas travaille à donner des cours de français. Professeur de langue semble être l’occupation du 3/4 des étrangers du pays. Ceux-ci, généralement sous-qualifiés (un niveau licence de n’importe quelle spécialité suffit), font l’objet de nombreuses critiques, parfois injustifié, de la part de l’opinion publique : manque d’efficacité, de professionnalisme, ou carrément criminalité, problèmes de drogues et inculcation d’idées déviantes aux élèves (source). Pourquoi un coréen voudrait-il apprendre le français, vous demandez-vous ? Parce que c’est la plus belle langue du monde, that’s why ! Et puis apparemment quelques mots de français sur l’enseigne d’une boulangerie boostent la vente de pain (« Mon amie, mon amour, mon Paris Baguette« , slogan d’une chaîne de boulangeries très hype en Corée). N’ayez crainte, la culture française a encore de beaux jours devant elle, yep !

Encore une centaine de mètres et le quartier change d’apparence pour se transformer en zone de débauche à la tombée de la nuit. Bars à hôtesses (et bars à hôtes pour ces mesdames), motels, norae-bang (équivalent coréen du karaoke), DVD-bang (cabines privatives où les jeunes couples se retrouvent, pas forcément pour regarder un film)… tout ce qu’il faut pour que l’homme d’affaire du quartier chicos de Gangnam puisse décompresser après une dure journée de boulot. Si vous voulez aller plus loin vous pouvez aussi appeler les numéros figurant sur les flyers colorés, au format de cartes de visites, qui recouvrent tous les soirs la chaussée et le pare-brise des voitures et exhibent des filles retouchés par des gens qui utilisent clairement photoshop avec les pieds. On se trouve dans un des quartiers « chauds » de Seoul ce qui le rend d’autant plus fréquenté et animé et en fait un endroit idéal pour les sorties nocturne.

Le matin l’ordre reprend ses droits. Les flyers disparaissent, de rares passants se déplacent sans tituber ni brailler et seuls quelques galettes de vomis sur le trottoir témoignent des excès de la veille. Contrairement aux vietnamiens qui se lèvent à 5h30 avec les poules et sont tous au lit à 22h, les coréens vivent la nuit et cuvent le matin. Ah ça, c’est pas les derniers sur la boisson ! L’ivresse est d’ailleurs parfaitement tolérée quelque soit le milieu social (voir considérée comme une chose normale) et il est même terriblement impoli de refuser un verre lorsqu’on sert de l’alcool. On dit de la Corée que c’est le pays du matin calme, sûrement un bel euphémisme pour décrire une gueule de bois carabinée…

Written by Gweltou

13 mai 2011 à 07:00

Publié dans Corée

5 Réponses

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  1. Plijus da mod da skrivañ.
    Kendalc’h e-giz-se, ça m’a bien fait marrer🙂

    JM

    13 mai 2011 at 07:21

    • Trug JM ! Klask a rin kendec’hel, memes ma kemer kalzig a amzer din. Bref, e bro Sina on breman, o gortoz Owen ha Gaëlle (2 devezh c’hoazh, ne c’hellan ket keeeen (gros excited)). Bonne bourre e Belz !

      alouestou

      13 mai 2011 at 07:29

  2. salut Gweltas,

    Quel talent et quel humour dans la narration ! ne serais-tu pas le petit-fils de Jack Kerouac ??? A mon avis tu le dépasses largement ! Merci de m’avoir fait rêver et rire !
    Pok

    soazig guennoc

    13 mai 2011 at 10:56

    • Merci beaucoup tati Choaz ! Et encore merci pour le sac à viande en soie, j’ai l’impression de me glisser dans un lit de plumes tous les soirs et j’en oublie tous les tourments de la journée… (j’en fais peut être trop là, non ?)
      Pokoù to u too

      alouestou

      14 mai 2011 at 09:54

  3. Trug ma mab, c’hoarzet m eus kenan kenan ! talvezout a ra ar boan gortoz da bostoù !

    cariou

    14 mai 2011 at 05:12


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