À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

California Zephyr

with 11 comments

Lundi 4 Avril 2011

Le train ralentit et s’arrête pour la n-ième fois près du quai désert d’une petite bourgade perdue du mid-west. Je sors brusquement de ma rêverie, en panique, et tourne la tête dans tous les sens pour découvrir mon environnement. Merde, où je suis là ? Ca y est, je dois descendre ici ? Mes idées se remettent en place une par une et soudain je me rends compte de ma bêtise. Ah mais non, j’arrive le 6, encore 2 jours à tuer (T__T). Je repose ma tête sur mes bras croisés, regarde un moment défiler les interminables champs labourés au dehors, et plonge avec oisiveté dans mon prochain rêve…

Il n’y a pas grand chose qu’on puisse faire dans un train, et les paysages monotones de l’Illinois n’arrangent pas les choses. Ça ressemblerait au Nord Finistère si on pouvait l’étirer, ou le diluer. Un enchaînement sans fin de champs gagnés sur des marais, de marais reprenant leur droit sur les champs… Les petites maisons pittoresques sont ici remplacées par un enchevêtrement de boyaux métalliques rouillés sortant de terre au milieu de nul part, et c’est un océan de terre nivelée qui s’étend jusqu’à l’horizon. La couleur dominante est le marron (avec quelques nuances de gris et de rouge), comme la terre, les briques, les arbres nus, la rouille ou le ciel nuageux…

Le climat y est plus extrême aussi. Mon dernier jour à Champaign a été marqué par des bourrasques comme j’en ai rarement vues. Les panneaux publicitaires tournaient sur eux même à une vitesse vertigineuse, les feux de signalisation tanguaient dangereusement en produisant des grincements inquiétants, les arbres assaillaient les passants en leur projetant des branches mortes en pleine face, la poussière fouettait les visages et aveuglait. Impossible de progresser face au vent à moins de se pencher fortement vers l’avant. « Mais ça c’est rien ! », m’affirme Marie-Alix ou Aaron, qui a eu la gentillesse de m’héberger pour ma dernière nuit à Champaign, « La vraie tempête devrait nous atteindre d’ici quelques jours »…

L’Iowa n’est guère mieux et m’incite à l’introspection. Chacun a ses raisons de voyager, aussi diverses que les profils des voyageurs. Et moi, qu’est ce qui m’a amené jusque ici ? Quelles ont été mes motivations ? Quelle a été les ingrédients qui m’ont menés à cette décision ? La curiosité, la soif de connaissances, le goût du défi et de l’inconnu… indéniablement. Et puis quoi d’autre ? Un ennui profond, le sentiment de ne pas me trouver à ma place, un vide à combler, une légère tendance à l’auto-destruction… sûrement. Enfin il y a eu ce beau soir de juillet où j’ai retrouvé mes amis Owen et Gaëlle autour d’une bière, à la terrasse d’un café des Halles. Vous avez été les catalyseurs en me montrant l’exemple à suivre et si je devais dédicacer ce voyage à quelqu’un ce serait à vous guys ! (+ à la bière, qui a eu un bon rôle dans l’histoire…).

Vient une seconde question plus importante : qu’est ce que j’attends de ce voyage ? Officiellement, rien du tout, car je me préserve en imaginant toujours le pire. Mais j’aspire secrètement à croiser sur ma route une personne, un lieu, une vocation… quelque chose ou quelqu’un qui sera me retenir et apporter quelques certitudes à mon petit univers peuplé de doutes. (bouhoudelihou)

Une première nuit passe et le California Zephyr n° 5 entre dans l’état du Colorado. La morosité et les paysages désespérément plat du mid-West s’effacent devant la silhouette majestueuse des Rocheuses. Remarquez qu’ils ne se sont pas trop foulés pour trouver un nom à leurs montagnes, c’est sûr que « les Spongieuses » aurait été une alternative beaucoup moins crédibles. J’en profite pour me rendre au wagon lounge, où je peux m’assoir à une des nombreuses tables disponibles, recharger la batterie de mon netbook et observer à loisir les paysages grandioses depuis l’étage supérieur, en sirotant un somptueux Pepsi (Oh yeah, life is good !).

Le train traverse une succession tunnels creusés dans la roche rouge, de vastes plaines couverte d’un manteau de neige immaculé et rejoint bientôt une rivière à l’eau verte pour y suivre de près les méandres. A défaut d’avoir une personne aimée avec qui partager ce spectacle, j’aborde la petite vieille assise à mes côtés. On commente ensemble la beauté du paysage, le contraste entre le bleu du ciel, le rouge vif de la roche, le vert profond des conifères et la blancheur de la neige qui « comme un maquillage, améliore l’aspect des montagnes ». On s’émerveille devant les trous dévoilant l’écoulement de l’eau sous la calotte de glace qui recouvre la rivière, et la couleur irisé que prennent les nuages sous les rayons du soleil de midi (phénomène que je n’avais jamais observé avant).

Ma voisine se barre. Tant mieux, j’en avais un peu marre de décrire le paysage et je commençais à être sérieusement à court d’adjectifs. Bon vent la vieille, je peux continuer ma contemplation en silence !

Un peu lassé par le panorama, je tourne mon regard vers d’autres curiosité locales : les autres voyageurs. Je me rends compte que je dois faire chuter violemment la moyenne d’âge, car ce train est une véritable hospice ambulante ! Moi qui m’attendais à croiser tout un tas de jeunes en road trip, je suis un peu déçu. Le transport ferroviaire ne semble attirer que ceux que la longueur du voyage n’effraye pas, et quelques autres qui n’ont pas les moyens de prendre l’avion…

Une jeune femme (une des rares) joues aux cartes avec 2 autres personnes du wagon, sa fille de 3 ans assise à ses côtés. Ici des inconnus se regroupent volontiers autour d’une même table et partagent sans tabous quelques moments intimes, le temps d’un jeu. J’apprends à la dérobée que la jeune femme a à peine 17 ans. Une remarque de Thuy Ngoc me revient alors à l’esprit : « Pays de merde ! J’évite de justesse de me faire virer de mon boulot sous prétexte que mes épaules sont découvertes mais leur conservatisme ne les empêche pas d’avoir le plus haut taux de grossesse chez les mineures ! », puis une récente conversation avec Marie-Alix : « Ils ont une émission sur MTV qui s’appelle Teen Mom (mères adolescentes) et qui suit le quotidien de gamines qui tombent enceinte à 16 ans », « Afin de décourager les grossesses juvéniles ? », « Possible, mais l’effet est inverse car les collégiennes y voient avant tout une opportunité pour passer à la télé ! ».

Une partie de moi voudrait critiquer cette fille, la pointer du doigt et dire « BOUUUUUH » ! Une autre partie de moi la prends en pitié, elle, sa gamine de 3 ans, ses parents qui doivent subvenir au besoins de leur fille et assumer leur rôle de grands-parents précoces. Finalement je retrouve un peu de raison et me dit que je juge à tord, que mes pensées proviennent avant tout de mes préjugés plutôt que de réflexions rationnelles, que cette petite famille n’as pas l’air si malheureuse et que je ferais mieux d’arrêter de procrastiner pour me concentrer sur cet exo du cours d’architecture des ordinateurs sur lequel je bloque depuis Glenwood Springs !

Je n’ai malheureusement aucune photos du voyage en train à montrer puisque, quelque jours plus tard, je me ferai chouraver mon appareil photo à San Francisco (avec les 3 derniers jours de photos non sauvegardés) par un gros con…


Written by Gweltou

22 avril 2011 à 03:43

Publié dans USA

11 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Hello !
    ca fait rever ton blog, nous dans le train on ne voit que des sapins et de la gadoue !!!
    Bises, a la prochaine !

    Gail

    22 avril 2011 at 16:39

    • Ah mais il n’y a rien de mieux que les sapins et la gadoue pour faire travailler l’imagination ! J’ai eu ma dose dans le mid-west (mais sans les sapins)…
      See you in Beijing !

      alouestou

      27 avril 2011 at 02:48

  2. Arf le blog commence mal, tu t’es fait piquer ton Cannon! Arch gross malheur, je compatis d’autant que m’étant fait voler mon Asahi-Pentax 1000 dans la chambre du Novotel de Kinshasa en 1981, je suis persuadé depuis que les photos qu’il contenait étaient les meilleures que j’ai jamais prises (les photos non encore développées sont souvent plus belles avant qu’après développement.. du moins en ce qui me concerne)
    Pour te consoler des gros cons et ne pas nous priver de photos, ton tonton te propose un envoi paypal de 100€, à Seoul je sais pas combien coûte un PHD (un Push Here Dummy quoi) sans grèver ton budget voyage et le raccourcir d’autant (sinon à l’allure où tu as l’air d’aller tu es de retour à Ploug pour ce WE)

    Bearnard

    23 avril 2011 at 08:47

    • Merci tonton mais ne t’en fais pas, j’avais prevu ce genre de galere dans mon budget (mais je ne pensais pas que ca arriverait aussi tot…). J’avais aussi perdu une bonne centaine de photos (les meilleures bien sur !) lors de mon voyage au Vietnam en 2006, ma carte mem avait grille a cause d’une surcharge electrique. Ca m’a appris a sauvegarder regulierement le contenu de mon appareil sur l’ordinateur… 3 jours de photos, bah, c’est une perte acceptable !
      Je me suis rachete un autre appareil d’occasion il y a quelques jours donc de nouvelles photos seront bientot mises en ligne, weee !

      alouestou

      24 avril 2011 at 12:27

      • Ach pareil! j’avais aussitôt racheté le même Asahi-Pentax 1000 d’occase dans une petite boutique près la gare de l’Est, elle ferma quelques temps plus tard paraît qu’on y vendait du matériel volé…

        Bearnard

        25 avril 2011 at 14:33

  3. Bon anniversaire mon grand ! Tu vas faire quoi aujourd’hui ?

    Pour nous c’est Pâques avec un grand P vu que les orthodoxes et les chrétiens fêtent ça en même temps cette année, comme tous les deux ou trois ans. On pense à toi. bisous

    cariou

    23 avril 2011 at 09:28

    • Bonnes Paques mammig !
      Moi pour mon anniversaire je vais en boite a Itaewon, le quartier mal famé de Seoul, cool !

      alouestou

      24 avril 2011 at 12:32

  4. Tiens, tu ne modères plus tes commentaires ? Bon ben tant pis alors. Je mets l’adresse de mon blog si ça intéresse tes amis. bisous

    cariou

    23 avril 2011 at 09:30

  5. Salut Gweltou ! Deiz ha bloaz laouen !
    C’est un vrai plaisir de suivre tes aventures ! J’adore ton style d’écriture, poétique et Jack Kerouac-ien. Etonnant quand meme ce trajet: ca me rappelle les longues heures de train en Pologne (7h30 pour faire Poznan-Krakow). Bon c’est vraiment bête pour ton appareil. J’espère que ca se passera bien en Corée ! Et n’hésite pas à nous en dire plus sur tes réfléxions et questionnements😉

    Gazus

    23 avril 2011 at 14:42

    • Trug’ Gazus !
      Merci pour le compliment ! A force d’être flatté comme ça je vais finir par me laisser pousser la moustache (parce qu’une moustache c’est la classe). Pour la longueur du trajet en train je pense qui c’est Gaelle et Owen qui vont décrocher le record (laaaarge) avec le transsibérien. Promis Ga, dès que je me pose une question je t’en fais part, à commencer par « ou est ce que j’ai perdu cette foutue chaussette ??? ». Perdre une chaussette dans un appartement vide, faut le faire quand même…
      Et sinon, tu t’es décidé entre le Bresil et la Thailande ???

      alouestou

      27 avril 2011 at 03:05

  6. […] de nuit. Pour ceux qui ne les connaissent pas (mais j’en ai déjà parlé dans un précédent post), Owen et Gaëlle sont des amis de longue date qui sont aussi partis à l’aventure […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :