À l'Ouest(ou)

Avec encore plus de mises à jour ! Yeñ yeñ…

Encore un peu de neige

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Il paraît qu’il a beaucoup neigé en Europe dernièrement et vous vous attendiez peut-être à recevoir un peu de chaleur littéraire en lisant des nouvelles de Jordanie, de Palestine ou d’un autre pays brûlé par le soleil. Excusez-moi de vous décevoir en vous en rajoutant une couche afin de terminer mon récit du Népal. Si ça peut vous consoler sachez qu’à Bethléem nous avons eu de la grêle et qu’en Jordanie il a fait con.

Il était impensable pour moi de passer par le Népal sans aller saluer ses montagnes. Pour rappel, le Népal abrite 8 des 10 montagnes les plus hautes du monde, dont l’Everest, qui les domines toutes de ses 8848 mètres. « Gravir une montagne » figurait d’ailleurs dans ma liste de trucs à faire avant de mourir, entre « faire un saut en parachute » et « réapprendre l’espagnol ». Jusque alors ma seule expérience de la randonnée en montagne s’était faite au cours du « Tro Menez Are » (le tour des monts d’Arrée), qui m’a fait gravir un pic de 385,01 mètres (marplij) mais j’estime que ça ne compte pas vraiment. J’en garde tout de même un bon souvenir, ainsi qu’un magnifique t-shirt Ricoré, offert par le sponsor officiel de la randonnée à tous les bénévoles qui distribuaient gratuitement des petites viennoiseries et un gobelet de Ricoré aux marcheurs. J’ai aussi un vif souvenir du genre de dialogue qu’on devait subir à répétition derrière le stand :
– Avec ou sans lait ?
– Vous n’auriez pas du café plutôt ?
– Je porte un t-shirt, un sweat et un bob de la marque Ricoré (j’ai même le bâton de marche), est-ce que j’ai une tronche à servir du café, imbécile ?

Cette fois mon objectif est le sanctuaire des Annapurnas, et plus précisemment l’A.B.C. (Annapurna Base Camp), camps de base situé à 4130 mètres d’altitude d’où partent les expéditions d’alpinistes un brin suicidaires qui désirent s’attaquer au pic de l’Annapurna I (8091 mètres). Il parait que l’ascension est une des plus techniques du monde et que sur le petit nombre d’alpinistes qui atteignent le sommet, 50% se font avaler par les avalanches lors de la descente. En comparaison le camps de base c’est de la rigolade, mais bon, on va s’en contenter.

Une telle entreprise demande un minimum de préparation, même pour un sportif habitué au Tro Menez Are comme moi, alors je m’informe autant que possible. L’hiver n’est pas la saison idéale pour le trek en montagne, mais de l’avis de beaucoup les avantages dues à la baisse de la fréquentation touristique compensent avec la rigueur de la météo. Au niveau des dangers il y a bien sûr le mal de montagne, qui peut affecter sérieusement certaines personnes au dessus de 4000 mètres, et les petites blessures, comme une ampoule au pied, qui peuvent devenir un véritable cauchemars lorsqu’on se trouve à 5 jours de marche de toute voie circulable. J’apprends aussi qu’il y a un risque potentiel d’avalanches, mais plutôt au cours du mois de Février quand la température recommence à grimper. Pour pimenter un peu les choses il y a des cas assez fréquents de vols sur les touristes, c’est ce qui m’inquiète le plus. Nous sommes en saison basse, période où les montagnards ont les crocs, et dans le cas où je me retrouve à marcher seul en chemin j’estime la probabilité de me faire raquetter à 1 sur 2 (je suis peut-être un peu pessimiste mais avec le bol que j’ai…). En règle générale, même si la compagnie d’un guide n’est pas indispensable, il est déconseillé de partir seul à l’aventure. Dernière remarque, il y a des hélicoptères qui sont là pour porter secours aux randonneurs qui se retrouvent dans la merde, mais ceux-ci ne décollent qu’à condition qu’on leur fournisse une garantie de paiement, comme une carte de crédit par exemple. La mienne doit être dans un avion entre la Corée du Sud et la France à l’heure qu’il est et je n’ai que quelques roupies en poche. Qu’est ce que j’oublie… ah oui, mon assurance ne couvre pas les accidents en montagne. Bien bien bien…

Que ça soit pas l’intermédiaire d’une agence ou non, je n’ai pas les moyens de m’offrir les services d’un guide, ni même d’un porteur. Je vais donc devoir me débrouiller seul pour organiser mon trek. Par chance beaucoup de sites web donnent tous les conseils dont on peut avoir besoin, certaines agences touristiques détaillent même le déroulement du trek au jour le jour. Je n’ai plus qu’à recopier tout ça et à décalquer mon itinéraire sur l’un des circuits classiques conseillés. J’effectue quelques allés-retours à l’office du tourisme pour obtenir mes permis de randonnée (2 en tout pour un total de 37 euros, les randonneurs indépendants payent plus que ceux qui passent par une agence). Je m’équipe d’un blouson North Face de contrefaçon, d’un bonnet, de gants, d’un bâton de marche et d’une bonne paire de chaussures étanches en location (indispensable). Il ne me reste qu’à trouver un(e) coéquipier(e).

Quatre jours à glander à Pokhara et je n’ai encore trouvé personne. Internet n’a pas non plus donné de résultats, bien que j’ai posté un message sur un forum spécialisé. La chaîne des Annapurnas, visible depuis le toit de mon hôtel, me nargue par sa proximité. Malheureusement je n’ai plus de temps à perdre, je rassemble donc les fragments de courage qu’il me reste pour partir le jour suivant avant l’aube.

Après 2 heures de bus me voilà au village de Naya Pul, au pieds des montagnes ! Le sentiment que plus rien ne peux m’arrêter m’enivre, j’ai envie de lâcher mon sac à dos et de courir tout droit devant moi, de hurler « YOUHOUUU » comme un dément et de chanter la tyrolienne pour tester l’écho. La présence d’un groupe de chinois un peu plus haut m’en dissuade. Et oui, même si Janvier est un des mois les plus tranquilles pour la randonnée dans les Annapurnas, je ne suis pas le seul sur la route. Les chinois sont en majorité écrasante à cette époque, toujours par groupes de 15. Viennent ensuite les couples de coréens, plus individualistes, puis le reste de la population, dont moi, qui représente environ 30% des touristes. Au moins ça balaie toutes mes craintes d’un coup, s’il m’arrive un pépin je peux toujours espérer qu’il y ait un témoin.

La première journée n’est pas la plus agréable. Je dois m’arrêter tous les 10 mètres pour reprendre ma respiration et soulager un point de côté. Les bretelles de mon sac à dos me compressent les épaules, la sueur me colle au dos. En dehors du pic du Machhapuchhre (6993 mètres) qui reste visible de tout temps, le paysage n’est pas extraordinaire. La végétation est aride et les parcelles en terrasse qui morcellent les flancs de la montagne n’abritent que quelques mauvaises herbes. Ma carte m’avais promit une « forêt de bambous » à cette endroit mais j’ai la déception de ne voir que de la roche et des cailloux. La route traverse des petits hameaux habités par les minorités ethniques des environs, et la moitié des masures typiquement locales, en pierre isolées par un torchis de bouse de vache, sont en fait des restaurants ou des auberges à l’usage des voyageurs.

Un peu plus de 6 heures de marche plus tard j’atteins le village de Ulleri, dont l’altitude est 950 mètres plus élevée que celle de Naya Pul. Le dernier kilomètre était le plus difficile, puisque le chemin en terre laisse place à un escalier des plus rudimentaires, qui grimpe à un angle proche de 45° et qui à certain endroits s’apparente plus à un tas de gravats croulants qu’à autre chose. L’auberge où j’élis domicile pour la nuit ne me coûtera que 100 roupies (environ 1 euro, un nouveau record) et est tenu par un nain bossu. A mon avis toutes les auberges devraient être tenues par des nains bossus, c’est tellement folklo. S’il avait été borgne, barbu, édenté et armé d’une hache géante alors là je me serais levé pour applaudir.

Dans la salle à manger du rez de chaussé je fais la connaissance avec 3 français, dont un d’eux a été scolarisé au même lycée que moi (Saint-François, Lesneven) une ou deux années après moi. Nos évocations du passé, pas spécialement nostalgiques, arrivent brusquement à une impasse lorsque nous nous rendons compte que ni lui ni moi sommes capables de nous rappeler les noms de nos anciens professeurs. « Il n’y avait pas un Pinguili ? », « Oui, ouais, peut-être… ».

Les conditions de marche et les paysages que je traverse s’améliorent considérablement le lendemain. Il m’arrive de me promener des heures entière sans croiser quiconque et en ces précieux moments la montagne semble m’appartenir. Les forêts de rhododendrons de la taille d’arbres séculaires, mais malheureusement pas en fleur en cette période, offrent une fraîcheur bien appréciable pendant l’effort physique, et j’aperçois enfin quelques traces de neige sur le bord du chemin, là ou les rayons du soleil ne viennent jamais réchauffer le sol. Ça y est, le décor est planté, dans cette forêt au parfum d’aventure je me prends pour Grand Pas, a.k.a. Aragorn, fils d’Arathorn. Attendez, je regarde derrière moi pour m’assurer qu’il n’y aura pas de témoins et, ceci étant fait, je bondis comme un gamin dans la neige pour l’écraser avec mes godasses boueuse. Je ne peux pas m’en empêcher ! J’adore le bruit de « frrrrr » (j’ai pas trouvé d’adjectif) qui se produit lorsqu’on marche sur la neige fraîche. Où en étais-je ? Ah oui, Aragorn, fils d’Arathorn. Je m’imagine investi d’une mission de grande importance dont l’issue dépend de ma survie sur les pentes raides de ces lieux hostiles. Alors bien sûr j’en rajoute à mort et, non, l’altitude ne m’a pas encore fait sauter de neurones, mais on se motive comme on peut, et ces nouvelles pensés ma revigorent suffisamment pour me faire oublier les courbatures qui me lacèrent les jambes et les épaules.

Au village de Ghorepani j’entre dans la première auberge prête à m’accueillir. Il fait sombre à l’intérieur mais au centre de la salle commune un poêle à bois, autour duquel se sont rassemblés quelques autres voyageurs de passage, réchauffe l’atmosphère. Je secoue ma cape imaginaire pour la débarrasser de la neige tout aussi imaginaire et je m’avance vers l’aubergiste pour m’enquérir de ses services. « Je voudrais un lit propre et un coca-cola bien frais… non, pas besoin de verre, je bois mon coca à la bouteille, comme un homme. Ne voyez-vous pas que j’ai une barbe, bon Dieu ! ». J’ai volontairement laissé mon rasoir avec le reste de mes bagages à Pokhara, pour m’alléger de 6 grammes d’une part (il n’y a pas de petit gain), mais aussi dans l’espoir inavoué d’avoir une barbe que l’air glacial de la montagne couvrirait de stalactites de givres, comme dans les documentaires d’Arté sur les expéditions polaires. C’est tellement classe.

Le lendemain je me réveille à 5h15 et je gravis, dans le noir, l’escalier couvert de glace qui mène à Poon Hill pour admirer son fameux levé de soleil, accompagné d’une centaine de chinois et de coréens. On dit que c’est « un des plus beaux levés de monde » et la « plus belle vue du Népal », on m’avait pourtant mis en garde contre les superlatifs. Le ciel matinal clair et la vue dégagée du haut de Poon Hill offrent des conditions idéales pour voir au loin, très loin, s’étendre toute la chaîne des Annapurnas mais le levé du soleil est loin d’être exceptionnel.

Un ciel aussi pur ne produit jamais de belles couleurs. Ce qui m’épate le plus dans ce genre de points touristiques, réputés merveilleux et incontournables, c’est le nombre de personnes qui s’y tassent en s’attendant à s’en prendre plein les yeux, et comme à chaque fois dans cette situation je secoue la tête en me demandant ce que je fous ici.

Adoptant le même comportement que tout le monde, je prends quelques photos du spectacle, espérant peut-être y trouver une consolation pour ne pas être resté au lit. Un fois que le cercle solaire est totalement visible dans le ciel, je m’empresse de descendre pour rejoindre des chemins, peut-être un peu moins impressionnants, mais dont la valeur réside dans l’isolement et le calme propice à la contemplation qu’on y trouve.

[AVANCE RAPIDE]

Septième heure de marche du septième jour. L’épaisseur de la couche de neige augmente (je l’ai mesuré à 1,50 mètre à certains endroits) alors que la température ambiante et ma réserve de snickers diminuent. Le camp de base de l’Annapurna I, étape finale de cette randonnée, n’est qu’à quelques heures de marche mais chaque pas demande un effort considérable à cette altitude. Derrière moi le camp de base du Machhapuchhre, où je me suis arrêté le temps de manger un dal bhat et de dégeler mes orteils, a disparu dans les nuages, englouti par un blizzard qui me talonne de dangereusement près. Autour de moi tout est blanc et sans forme, je n’ai pas d’autres repères que les traces de pas qui forment un étroit chemin dans la neige et la silhouette floue d’un marcheur anonyme devant moi. Je tâte fébrilement ma barbe mais mes doigts ne rencontrent aucun des stalactites tant désirés. Mais merde !

Il faut que j’arrête mon cinéma. J’ai envie de vous faire croire que cette dernière étape était la plus difficile d’entre toutes et qu’on ne vient pas à bout d’une telle ascension sans un ultime effort, mais c’est faux. Les derniers kilomètres étaient de loin les plus facile et je les ai parcourus en trottant et en fredonnant la chanson des Jackson Five « A, B, C, as easy as one, two, three, (got it ?), A, B, C, you and me, one, two, three tralalalala » (je ne connais pas les paroles et je me suis moi même saoulé au bout de 5 minutes). Après un laps de temps moins important que prévu on commence à discerner les contours sombres d’une construction humaine qui se rapproche et se précise d’avantage à chaque pas. C’est l’Annapurna Base Camp, enfin ! Il s’agit d’une auberge rudimentaire bâtie sur un seul niveau, composé de dizaines de chambres doubles et de deux petites salles communes, seules pièces chauffées, où l’on sert à manger et à boire sur commande. Quelques personnes sont là et nous réservent un accueil aussi chaleureux que si nous étions tous membres d’une grande famille. Certains visages me sont d’ailleurs familiers pour les avoir croisés à plusieurs reprises sur les routes ou dans les auberges depuis plusieurs jours. Les nouveaux arrivants sont reçus par des tapes amicales dans le dos et félicités par des « congratulations, you made it ! ». Je pose mes bâtons de marche dans un coin, je me débarrasse de mon sac et je m’installe avec les autres autour de la grande table. Une chaleur vivifiante émane d’un chauffage au gaz en dessous, retenue par une couverture qui suit le bord de la table et qui nous couvre les genoux. Assis confortablement, je peux enfin me détendre, fermer les yeux. Le mélange de voix polyglottes se transforme progressivement en un bourdonnement confus et, pendant qu’une tempête de neige se déchaîne à l’extérieur, je somnole au dessus de mon thé au citron fumant.

Il est 19h30 quand je décide d’aller me coucher comme tous les autres, ce qui est un peu triste pour un samedi, mais c’est pas comme si j’avais des tonnes d’options pour la soirée non plus. Les murs et le sol de ma chambre sont en pierre, dehors la couche de neige dépasse la hauteur de la fenêtre et à l’intérieur il fait -6°C. J’étends mon sac de couchage décathlon « light » (qu’il est déconseillé d’utiliser s’il fait moins de +15°C et qui est plus adapté aux soirées de beuveries chez les potes qu’à une nuit de Janvier à 4200 mètre d’altitude), je remets mes gants, mon bonnet, mes chaussettes écossaise en laine ainsi que tous les vêtements que je peux trouver dans mon sac et je me glisse dans mon duvet après avoir rajouté encore deux couvertures sur moi. Sur la table de chevet ma bouteille d’eau gèle à cœur pendant la nuit.

Quand le jour arrive, tout le monde s’empresse pour sortir voir l’extrémité des plus hauts sommets baignées de lumière matinale. Un immense glacier en contrebas nous sépare de l’Annapurna I. Du moins c’est ce qu’on m’a dit car de là où nous sommes rien ne différencie le glacier, vaste étendue enneigée, du reste du paysage. Bien qu’il s’agisse d’une vision inhabituelle pour l’habitant d’un pays plat que je suis, ça n’est néanmoins qu’un (joli) décor qui ne demande pas plus de quelques minutes pour être balayé du regard. Dans un tel contexte les grandeurs sont trompeuse et il est difficile d’estimer les tailles et les distances. Notre regard n’est simplement pas conçu par apprécier de telles dimensions à leur juste valeur et on ne peut que méditer avec humilité sur son insignifiance face à ce relief vertigineux. Remarquez qu’il n’est pas plus impressionnant de regarder une sommet de 8000 mètres depuis une altitude de 4000 mètres qu’un sommet de 4000 depuis le niveau de la mer, ou qu’un menhir si on s’allonge près de sa base. L’appréciation est mentale, est une histoire de chiffres, d’extrapolation, et se fait aussi bien les yeux fermés. Bref, rien ne me retiens ici et j’aime autant entamer la descente le plus tôt possible.

Je suis venu avec l’A.B.C comme objectif mais pas pour l’A.B.C, et afin de souligner cette nuance j’aimerais ressortir un vieux dicton très cliché : l’important ce n’est pas la destination, c’est le chemin parcouru, ou un truc dans le genre. Le bonheur que j’ai ressenti pendant ces sept jours d’ascension était dans la mobilité, et plus précisément la satisfaction d’avancer vers un objectif, mais aussi l’absence de doute quant au choix de l’objectif (il n’y avait pas à juger s’il était « bon » ou « mauvais ») et la certitude de pouvoir l’atteindre quelque soit le chemin emprunté ou le temps mis. Peut importe le sens qu’on y voit ou qu’on y cherche, la vie peut prendre une tournure tellement simple lorsque ces conditions sont réunies. Si tout pouvait être aussi simple que de gravir une montagne…

D’autres photos par ici

Written by Gweltou

7 mars 2012 at 18:42

Publié dans Népal

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Népal, haut en couleurs

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A chaque nouveau pays que je visite j’arrive toujours un peu plus à l’arrache. À la fin de mon séjour en Corée j’ai donc empaqueté mes affaires quelques heures avant le départ de l’avion, j’ai réveillé Thomas d’un coup de pied et je suis parti pour l’aéroport d’Incheon un peu avant l’aube. En matière de voyage par avion, il n’y a pas pire que je partir très tôt le matin (avant l’ouverture des métro) et d’arriver tard le soir (qui oblige souvent à réveiller le réceptioniste de l’hotel). Après un temps interminable à attendre à l’aéroport de Guangzhou en Chine (où j’ai crevé d’ennui en tentant vainement de me connecter sur le réseau Wifi soi-disant gratuit), j’ai pris mon deuxième avion en direction de Katmandou, Népal. Le décalage a été saisissant. Tribhuvan, l’aéroport international de Katmandou à l’air à peu près aussi fiable et permanent qu’une école Diwan… (ho ho ho)

La mauvaise surprise survient lorsque en allant retirer de l’argent pour payer le visa d’entrée, je ne trouve ma carte bancaire dans aucune de mes poches, ni dans mon sac, même au fond, et toujours pas dans les poches, mêmes celle de derrière où je ne mets jamais rien… Heureusement j’avais, avant le début du voyage, prévu cette situation en m’équippant d’une carte bancaire de secours. Celle là même que je me suis faite chourrer à San Francisco. 24 heures sans sommeil n’aide pas… Ne nous affolons pas, j’avais de toute façon un plan B prime, un beau billet de 100 dollars qui trainait dans mes affaires, de quoi sans doute m’acheter un hotel et tout son staff par ici !

Katmandou est une petite capitale qui a beaucoup plus de charme et d’authenticité que je ne m’y attendais. Les rares photos que j’avais vu de la ville m’avaient parrues froides et peu accueuillantes. Parfois ce n’est qu’une histoire de balance des blancs…

Bon c’est vrai que c’est crade et bordelique, mais l’odeur de l’encens sature de toute façon les mucqueuses nasale. Les rues du vieux quartier sont étroites et pleines de monde vacant à leurs affaires. Beaucoup d’ethnies différentes à l’apparence très variée s’y croisent, certains se rapprochent des tibétains (ou le sont), d’autres ressemblent plus à des indiens (ou le sont), rien de mystérieux là dedans. Je ne suis pas encore très balèze pour distinguer les gens de différentes ethnies entre eux, mais j’espère que je m’améliorerai avec le temps. Mon objectif : « Tu viens de Kowloon d’après tes yeux, pas de la baie de Hong-Kong ? *Tching* (sourire freedent) ». Tout est très coloré, les saris des femmes, les chapeaux des hommes qui ressemblent aux chapeaux marocains, les épices et les étoffes de tissus sur le marché, et je n’ai pris aucune drogue. Ca me changes des coréens tous en costard sobre. C’est assez bruyant aussi. Des motos et des petites voitures vous obligent à vous rabattre à plat contre le mur, et vous frôlent en lâchant un coup de klaxon dont l’échos vous est restitué sans perte dans cet enchevètrement dense d’appartements médiévaux.

Le froid chasse la plupart des touristes de Katmandou en cette période de l’année, car aucun établissement (restaurants, bars ou hotels) n’est équippé de chauffage. L’électricité est encore une denrée rare par ici, et pendant une dizaine d’heures par jours la plèbe doit s’en passer. Chaque quartier a des horaires de coupure différentes, afin de répartir équitablement l’électricité dans la ville sans pour autant faire sauter les générateurs. Le soir venu les gens brûlent quelques déchets sur le trottoir et se réunissent autour du foyer improvisé pour s’enquierir des dernières nouvelles du voisinage et profiter d’un peu de chaleur. Depuis le toit de mon hotel, peu après le couché du soleil, la vue de cette capitale obscure de plus d’un million d’habitants produit une sensation de désolation. L’éclairage publique de Plougasnou doit être à peu près 5 fois plus important que celui de Katmandou. J’admire encore un fois le décalage avec Seoul, la ville qui ne dors jamais, et je descend me coucher dans ma petite chambre froide du Yellow Guest House, éclairé par la lueur d’une bougie.

Pour fuir la solitude de mon hôtel je me rends au Namao Buddha à Thamel, une adresse bien planquée conseillée par Antoine. C’est effectivement pas simple à trouver et certains clients s’étonnent de mon arrivé. « C’est seulement ton 3ème jour au Népal et t’as réussi à atterrir dans ce resto ? Ça m’a pris 6 mois pour y arriver, et je suis népalais ». Et ouais, j’ai un bon indic mec. Les quelques personnes assises en tailleur autour des tables basses sont sympas, et m’inviten rapidement à prendre place parmi eux. J’y croise un français qui est sur le point de finir une mission de 4 mois dans les environs, un luxembourgeois polyglote en voyage, une esthonienne qui parle français mieux que moi, et 2 népalais qui proposent à tout le monde leurs services de guides en montagne, comme une majorité des népalais qu’on croise au coeur de la ville. Le « chicken tikka » est délicieux. Un peu plus tard on sort tous ensemble boire un « alcool local » un peu plus loin. En général la combinaison de ces deux mots me fait fuir prestement mais la tentation d’approfondir mon expérience népalaise est également tentante.

L' »alcool local », ou Tongba, n’a pas vraiment d’équivalent en français. C’est une boisson tiède à base de millet fermenté que certains décriraient comme une bière, d’autres le rapprocheraient d’un cidre, pour moi la comparaison est évidente : ça ressemble à une putain de jare des hauts plataux ! C’est contenu dans des petites gourdes fermées en bois ou en aluminium et ça se boît à la paille. Argh, sérieusement ? Vous savez à quel point il est difficile de réingérer un aliment qui vous a rendu… malade, ahem. C’est ce qu’on appel l' »effet Garcia » dans le jargon médical (et non pas l' »effet Rodriguez », qui lui se produit lorsqu’on drague à l’aide d’une guitare et d’une moustache. Excuse mon erreur Owen). Ce soir, Garcia était dans la place, et pour moi c’était l’invité de trop, j’ai dû m’excuser pour un départ précipité. Ce n’était pas un si grand mal, puisque je devais de toute façon me lever à 6 heures le landemain pour prendre mon « Excellent Super Deluxe Bus » pour Pokhara. Pendant les 7 heures du voyage j’ai du garder mes genoux au niveau du menton et une main sur la fenêtre pour la maintenant close (je regrette de ne pas avoir pris de photos). Certains pays d’Asie ont une fierté singulière pour leurs moyens de transports, c’est impressionnant…

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Written by Gweltou

5 février 2012 at 11:11

Publié dans Népal

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Kontum, photos supplémentaires

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Suite…

Kontum 2011, un album sur Flickr.

Quelques photos, provenant de mon compte Flickr, que je n’ai pas eu l’occasion d’afficher sur mon blog.

Written by Gweltou

21 janvier 2012 at 03:47

Publié dans Vietnam

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Mes meilleurs voeux !

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Written by Gweltou

10 janvier 2012 at 12:18

Publié dans Corée

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Balade champestre

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Allongé avec Écureuil sur sa natte de bambou dans son dortoir de l’église en bois, nous naviguons sur internet. Et oui, ici on dispose d’un accès wifi, une rareté dans cette partie du Vietnam, que nous avons aussi la chance d’avoir dans notre chambre de l’hôtel Thinh Vuong. Les conditions d’habitations dans la chambre d’Écureuil sont pourtant loin d’être comparables avec l’aménagement luxueux de notre hôtel (on a même un mini-bar avec des bières). Un sol en béton nu, une table ronde en béton massif au centre de la pièce sur laquelle on devine les restes d’une peinture turquoise, quelques tabourets cimentés au sol et 5 lits couverts de simples nattes tressées. Les gens d’ici se contentent de peu, mais ont quand même tous un compte facebook.

Je ne me rappel plus quel était le sujet initial de notre conversation, j’ai proposé à Écureuil d’aller faire un tour sur le blog de ma sœur. Que vois-je ? Ma sœur n’a non plus un, mais deux blogs en ligne et elle n’a rien dit à personne ! Sur la page principale une de ses illustrations scientifiques apparaît, une sarracenia, plante insectivore. A côté de moi Écureuil s’agite, elle reconnait la plante et m’affirme qu’il y en avait plusieurs pieds au dos de sa maison familiale quand elle était petite. Elle et ses sœurs s’amusaient à les cueillir et à les ramener chez elles pour que leur mère les prépare en cuisine avec du riz gluant. Un met exceptionnel, si l’on en croit Écureuil. Un met qui lui rappel son enfance. « Quoi, vous bouffez même les plantes carnivores ? ». Après quelques réflexions le contraire m’aurait paru plus étonnant…

Motivée par une nostalgie proustienne, Écureuil propose qu’on aille faire un tour dans les champs qui entourent le village de Klau Ro Ngol, là où elle est certaine d’en avoir vu. « Quoi, maintenant ? », « ben oui, pourquoi ? ». J’essaye de lui expliquer qu’aujourd’hui c’est lundi, jour où les gens normaux bossent, et que je culpabilise déjà un peu d’en avoir pas glandé une ce matin à cause de la cuite chez Gât la veille. Je jète un coup d’oeil pensif vers la petite pièce qui me sert d’atelier de l’autre côté de la cours. C’est pas comme si j’étais très efficace au sommet de ma forme non plus, me dis-je. Et puis Niounh, mon collègue virtuel (je le vois tellement rarement que je me demande parfois si je ne l’ai pas imaginé… non, impossible, j’ai des photos de lui sur mon rapport !) n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours. C’est peu probable qu’il débarque à l’atelier cet après midi sans prévenir (surtout si je l’ai effectivement imaginé…). C’est décidé, je saute sur le scooter derrière Écureuil et après avoir fais des « Hello ! » aux jeunes occupants ahuris de l’église (ça va faire bientôt 3 mois que je fais le trajet 4 fois par jours mais ils sont toujours aussi hystériques de me voir passer. C’est pas comme si j’allais chez le coiffeur tous les jours non plus, couillons ‘va !) on emprunte la rue Nguyen Hûe pour sortir de Kontum et prendre les routes champêtres et poussiéreuses qui sillonnent au pied des monts.

On dépose le scooter chez le grand frère d’Écureuil, une petite maison jaune que les plants de maniocs luxuriant masquent par leur hauteur, puis on parcours les petit chemins qui bordent les champs. Je m’étonne de l’aridité du sol et fais pars à Écureuil de mon inquiétude sur nos chances de trouver des plantes carnivores sur un terre aussi sèche, me rappelant que ce type de plante préfère les tourbières humides. Mes réflexions sont interrompues lorsque je ma jambe s’enfonce soudainement jusqu’au mollet dans un marécage qui a la couleur et la consistance d’un purin de buffle bien riche en azote. Je me rééquilibre de justesse pour éviter de m’étaler de tout mon long mais je ne peux m’empêcher de lâcher un cri de désespoir. « Raaaaaah bordel, mon pantalon ! ». Un pantalon tout propre, lavé à la force de mes bras dans la baignoire de l’hotel le jour précédent seulement ! Un peu plus loin devant moi, Écureuil fait des grand gestes de la main dans ma direction. J’extrais ma jambe de la vase dans un bruit de succion obscène et tente de me diriger tant bien que mal vers elle.

Les plantes carnivores sont bien là, et en grand nombre tout autour de nous ! Ce ne sont pas des sarracenias mais des nepenthes, plantes grimpantes qui parasitent des buissons d’autres espèces végétales. Incroyable, je n’en avais jamais vu dans leur habitat naturel, on trouve même quelques droseras au sol ! Écureuil cueille quelques urnes et ouvre l’opercule des plus jeunes pour en boire le suc, liquide fluide et transparent. « C’est bon pour le mal de ventre ! », m’explique-t-elle. Je goûte à mon tour… « Yark, yaaaaark ! Breuuuh ! »

Les ascidies, qui sont les pièges de la plante, renferment un peu de liquide sucré et acidulé sécrété par leurs parois, sur lequel surnagent quelques cadavres d’insectes (Wikipedia)

Ouais, alors là ‘[réf. nécessaires]’ s’il-vous-plaît ! Autant je peux confirmer pour l’histoire des insectes qui surnagent, autant la description qu’ils font du goût conviendrai plus aux frittes Haribo qu’à ce que j’ai bu ! C’était simplement amère et dégueulasse. Mais peut-être qu’avec un peu de citron, hmm…

Grappe d’urnes de nephentes dans les mains, nous poursuivons notre balade en coupant à travers les rizières en jachères. Nous préférons ôter nos tongs pour ne pas devoir les récupérer sous 20 cm de vase à chaque pas. Le temps est magnifique, comme toujours, et je me mets à rêvasser en regardant le paysage seulement occupé par quelques vaches en semi liberté. Écureuil m’avertit contre les serpents qui pourraient rôder dans les hautes herbes. Ok.

Un parcelle de terre laissée à l’abandon et recouvertes de fleurs jaunes nous accueille pour terminer notre balade. On s’allonge dans l’herbe et on se laisse caresser par les rayons du soleil de fin d’après midi. Je m’endors et perds toute notion de temps. A mon réveil le soleil est bas, il est temps de rentrer à l’église pour préparer les nepenthes selon la recette de sa mère. On pars donc de ce petit coin de paradis, elle chargée de sa cueillette fructueuse, moi avec mes nouveaux coups de soleil et mon cul trempé.

Recette des Nepenthes fourées à la J’raï (bonus de fin de post) »

Written by Gweltou

16 décembre 2011 at 07:39

Publié dans Vietnam

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Qu’est ce que c’est que ce machin ?

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Ve kêu ve ve, suốt cả mùa hè… WHAT THE FUCK IS THAT !!?

Written by Gweltou

25 novembre 2011 at 15:27

Publié dans Vietnam

Photos de Don Det

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Quelques photos que j’ai soumis à un concours dont ma cousine m’avait parlé sur le site du journal Libération Voyage. J’étais encore au Laos et je rageais d’avoir si peu de courage pour m’approcher des gens et les prendre en photo. Le thème du concours combinait voyage et portrait, une famille de riziculteurs travaillent sous nous yeux tous les matins depuis nos bungalows sur l’île de Don Det, au milieu du fleuve du Mékong. Je me suis dit bingo ! Bon, j’ai rien gagné *sun sun sun* mais ça ne signifie pas que les photos ne peuvent pas plaires…

Après quatre mois de voyage et avoir traversé les trois super-puissances économiques que sont les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud, le Laos s’est présenté à nous au bon moment et c’est avec un certain soulagement que nous avons acceptés son influence, qui nous invitais à ralentir notre rythme, à respirer, à observer. C’est à Don Det, petite île cernée et modelée saison après saison par le flot puissant du Mekong, qu’Owen, Gaëlle et moi avons fait connaissance de cette famille d’agriculteurs. Ils cultivent le riz gluant (khao niao), principale richesse de l’île et ingrédient indispensable à la cuisine lao, qu’on présente dans des paniers cylindriques en bambou tressé et qu’on mange à la main. Nous sommes en juillet, période propice au repiquage en parcelles inondées des jeunes pousses de riz, et à mesure que le travaille avance le paysage se transforme en une mosaïque abstraite d’un vert éclatant. Ici, les foyers sont reliés au réseau électrique depuis 3 ans seulement et le tourisme est encore naissant. Loin du confort et des impositions de la vie citadine, les gens de Don Det, enfant et vieillards, vivent comme ils travaillent : solidaires et en famille.

Written by Gweltou

6 novembre 2011 at 11:56

Publié dans Laos